Alain Chamfort : "Très peu de gens ont traversé une vie comme Yves Saint-Laurent"

Lui qui jusque-là n’avait jamais entrepris de tels travaux, au contraire de Gainsbourg par exemple avec L’Histoire De Melody Nelson, c'est maintenant chose faite. Son complice musical, Pierre-Dominique Burgaud, n’est pas un inconnu puisque c’est lui qui a signé les textes de la comédie musicale de Louis Chedid, Le Soldat Rose. Explications.
Comment est née cette idée ?
Alain Chamfort : C’est une proposition que Pierre-Dominique Burgaud m’a lancée un jour, ça s’est fait petit à petit parce qu’au début je n’étais pas spécialement sûr que ce soit une idée suffisante pour faire un album. J’étais un peu sceptique, mais comme je n’avais pas d’autre projet, je me suis mis au travail en me disant : "On va quand même voir où ça mène" !
Comment as-tu rencontré Pierre-Dominique ?
C’est lui qui a conçu le clip Les Yeux de Laura avec les pancartes, juste après qu’EMI me rende mon contrat, depuis nous sommes devenus amis.
Quelle est ta base de travail pour ce disque?
Laurence Benaïm a écrit une biographe sur lui (Yves Saint-Laurent, Grasset 2002), c’était juste pour avoir un peu plus d’informations, parce que les bases de travail, les textes c’est Pierre-Dominique qui les a écrits.
Tu ne l’as jamais rencontré Yves Saint-Laurent ?
Non, je me souviens juste être allé dans son magasin Saint-Laurent Rive Gauche place Saint-Sulpice, c’était au moment où je chantais avec Claude François. Je m’étais acheté deux trois chemises là-bas.
A l’époque d'Adieu mon bébé chanteur ou L’Amour en France donc, c’est étonnant qu’un styliste comme Yves Saint-Laurent ne vous approche pas ?
Je ne devais pas être considéré comme une étiquette représentative ! Pour la scène, Claude se faisait faire ses chemises et ses costumes sur mesure, dans la vie, je ne sais pas où il s’habillait. J’avais profité quelques fois de ses couturiers mais Saint-Laurent c’était trop classique pour moi, j’ai préféré porté du Hedi Slimane, Gérard Sené, Oswald Boateng...
Quelle est ton impression sur la vie d’Yves Saint-Laurent alors ?
C’est un destin, c’est pas très commun. C’est principalement lui qui a eu conscience très tôt qu’un jour son nom brillerait dans le monde entier. Il avait réalisé très tôt qu’il avait en lui des capacités que les autres n’avaient pas. Il était d’Oran et a envoyé des dessins au magazine Vogue qui était à Paris, ça devait mettre des semaines à arriver, puis s’est présenté au Concours du Secrétariat général de la Laine. Lorsqu’il devint le premier assistant de Christian Dior, il a 18 ans, c’est un autodidacte complet, il n’a pas fait d’école, rien. Il n’a pas eu d’adolescence, il s’est plongé tout de suite dans la vie professionnelle. Viré parce que réformé du service militaire, il rencontre Pierre Bergé et monte sa petite maison de couture qui aurait pu sombrer, sauf qu’il a acquis une très forte réputation chez Christian Dior. Le succès est immédiat. Ce n’est que vers l’âge de 30-35 qu’il commencera à sortir, à boire de l’alcool et prendre de la drogue. C’est là que ça devient un peu sulfureux. Il y a très peu de gens qui ont traversé une vie comme lui, même si on a l’impression qu’il n’en a jamais profité réellement et qu’il n’a fait qu’effleurer la notion de bonheur.
On s’aperçoit dans l’histoire de Saint-Laurent de l’importance du manager, est-ce que c’est quelqu’un qui t’a manqué toi ?
Oui, je pense, si j’avais eu l’occasion de croiser quelqu’un comme Francis Dreyfus, ça aurait été différent, s’il a réussi à faire quelque chose avec Jean-Michel Jarre je ne vois pas pourquoi il n’aurait pas réussi avec moi… (rires) Le manager, ce peut être une personne physique ou morale, je pense au label Virgin, tous les artistes qui avaient signé chez Virgin ont bénéficié de ce plus. Ce label savait comment se comporter, choisir les bons photographes, aller vers les médias, se vendre quoi. Moi, j’étais déjà dans une grosse major, Sony, en comparaison c’était vraiment l’application un peu impersonnelle d’un système. Etienne Daho, Julien Clerc, Alain Souchon, les Rita Mitsouko, même Renaud, tous ces artistes ont bénéficié de ce nouveau souffle, ils avaient un management.
Après un dernier album chez EMI, Le Plaisir (2003), il y a eu tout ce travail de réédition chez XIII Bis en 2007, mais ce disque arrive à un moment où l’on ne savait plus trop ce que tu devenais. Tu t’es autoproduit parce que tu n’avais pas d’autre choix ?
Oui, au départ c’est une autoproduction totale, mais après on est allé vers les labels car ça nous semblait plus facile d’aller travailler avec des gens dont malgré tout c’est le métier. Mais visiblement, ça leur semblait compliqué, il n’y a pas eu l’enthousiasme que l’on espérait donc on s’est dit autant le faire nous-mêmes, autant aller jusqu’au bout. Un partenaire nous permet d’offrir le disque en téléchargement à moindres frais (5,5 euros), on le met aussi dans le circuit normal avec une biographie signée Robert Murphy (25 euros), et il sortira également en digipack physique.
Vous avez eu sinon l’aval d’Yves Saint-Laurent, car ce projet est né avant qu’il ne décède, le soutien de Pierre Bergé ?
Oui, avant de se lancer dans la réalisation du disque à proprement parler, on a contacté Pierre Bergé avec nos maquettes. Il nous a donné son aval, nous a juste demandé d’inverser l’ordre de deux chansons vers la fin (Le Marketing la poésie et Quand on a tout connu) mais son soutien nous a ouvert plusieurs portes. Au mois de mars il y a une expo sur Saint-Laurent au Petit Palais, et il nous laisse un espace pour pouvoir présenter notre album.
Aviez-vous des albums modèles en tête pour ce disque ?
Avec Pierre-Do on a pensé à Songs For Drella qui était le disque hommage de Lou Reed et John Cale à Andy Warhol, à la seule différence, c’est que nous, nous ne le connaissions pas.
Est-ce que c’est possible de porter ce disque sur scène ?
La seule possibilité c’est de faire comme dans une revue avec plusieurs tableaux, on a été approché par Dominique Hervieu et José Montalvo du Palais de Chaillot, je ne sais pas ce que ça donnera. Sinon je peux intégrer les chansons dans un concert traditionnel.
Quelle est ta période préférée ?
Le moment où son travail a vraiment des retombées dans la société, avant lorsqu’il est juste un styliste traditionnel de haute couture, ça m’échappe parce que ce n’est pas un domaine que je connais.
Des regrets maintenant que l’album est terminé ? Y a t-il des choses que tu as découvert et que tu aborderais différemment.
Non.
Alain Chamfort dans les évènements SFR Live Concerts

Alain Chamfort - Une Vie Saint-Laurent
SFR Live Concerts
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