Antony and the Johnsons : "J’ai mis du temps, mais aujourd’hui j’accepte ma voix"

Comment s’est déroulé l’enregistrement de The Crying Light, ton troisième album ?
Plutôt bien, même si ça a pris du temps, trois ans en fait. Il y a eu beaucoup d’attente et de tentatives, ce qui a un peu compliqué les choses. C’était comme brosser des cheveux très longs. Mais maintenant, je suis heureux de ce que nous avons fait.
Ta voix est très particulière, et sur cet album elle semble désormais sonner plus comme celle d’un crooner que celle d’une diva. Qu’en penses-tu ?
Je ne sais pas vraiment… Ma voix a changé depuis I am a Bird. Elle évolue sans arrêt. J’ai mis du temps, mais aujourd’hui j’accepte ma voix. C’est la seule solution que j’ai trouvé pour pouvoir chanter devant des gens. Je ne la juge pas, elle n’est ni géniale, ni affreuse, je l’accepte, c’est tout. Et d’ailleurs, j’encourage tout le monde à en faire autant.
Tu as dit à propos de The Crying Light, qu’il était centré sur "les paysages et le futur", qu’entends-tu par là ?
Cet album est représentatif de ma relation à l’environnement. J’ai essayé d’instaurer une sorte de connexion entre la nature et moi, de comprendre la société, ma famille, le monde en général. J’ai eu une éducation très catholique, et on m’a toujours dit que la nature n’était qu’un moyen. En grandissant, je me suis rendu compte que c’était en réalité une fin en soi. C’est ce que j’ai voulu dire dans The Crying Light. La partie féminine que j’ai en moi s’est développée au fil des années, et j’ai aussi eu besoin de le comprendre. Dans l’album, il y a beaucoup de choses à propos de ma relation avec ma mère, ce que je vois en fait comme ma relation avec la Terre. Je dépends de la Terre, comme enfant j’ai pu dépendre de ma mère. Changer les choses de façon poétique dans ta tête change aussi ton état d’esprit. Cet album est une exploration de nouveaux sentiments, une tentative pour remplacer l’aliénation par une connexion avec la nature. Comme tout le monde, je suis inquiet quand je pense au futur. J’ai juste voulu articuler cette angoisse en me disant que cela pourrait peut-être être utile pour moi, en tant que musicien, et, pourquoi pas, pour d’autres aussi.
Le titre Another World parle clairement de la destruction de l’environnement, non ?
C’est le point de vue d’une jeune fille qui découvre le monde du futur, qui a vu les choses disparaître au fur et à mesure. C’est un point de vue un peu fataliste, mais ce n’est qu’un sentiment, pas un fait concret. Je voulais juste exprimer ce sentiment. Quand je pense à tout cela d’habitude, je me tais. Cette fois-ci, j’ai eu le besoin de tenter de l’exprimer du mieux que je pouvais.
La couverture de The Crying Light est une photo du danseur japonais Kazuo Ohno. Quelle relation as-tu avec cet artiste ? Qu’est-ce qui t’as inspiré chez lui ou même dans cette photo ?
C’est un danseur de butô (une danse contemporaine japonaise - ndlr). Il a cette particularité d’être une sorte d’enfant magique qui danse avec son cœur dans une rêverie entre le futur et le passé, suspendu dans un espace fantasmagorique. Il est plein de grâce. Il reproduit avec son corps tous les animaux, les poissons, la nature, comme si ses mains étaient pleine d’électricité. J’ai envie de pleurer quand je le vois danser, c’est exactement comme dans un rêve. J’ai beaucoup appris de cet homme en le regardant danser, sur le processus créatif, sur la façon d’incorporer de nouvelles idées à son propre travail.
Tu viens de dire que Kazuo Ohno te donnait envie de pleurer. Est-ce que tu te rends compte que ta musique peut elle aussi à son tour émouvoir les gens de cette façon ?
Je parlais justement de cela avec un ami de chez Rough Trade tout à l’heure. Il m’a dit : "Tu sais, j’ai pleuré à ton concert, et quand j’ai regardé autour de moi, tout le monde pleurait aussi." Lorsque je vais à un concert, je finis systématiquement en larmes, mais quand je regarde la foule, je m’aperçois souvent que je suis le seul. Chanter est une chose fondamentale pour moi. Quand je vois quelqu’un chanter, je me sens en connexion avec lui, j’ai l’impression de faire partie de l’humanité. Je comprends ses sentiments, et je pleure parce que je suis en communion avec lui. Je conçois que des gens puissent pleurer en écoutant ma musique ou en venant à mes concerts, mais je suis incapable d’expliquer pourquoi. Je veux juste éviter que ce soit énervant. A travers ma musique, j’essaie de créé quelque chose d’utile, qui puisse aider les gens. Si ce n’est pas le cas, je préfère qu’on ne m’écoute pas.
Album The Crying Light (Rough Trade/Beggars), déjà disponible.
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Anthony and The Johnsons - The Crying Light
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Trois ans après sa consécration, Antony & The Johnsons revient en grande forme avec un album feutré et élégant.
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