Archive : "En Angleterre, l'histoire de la musique électronique reste à écrire"

À l'époque du premier album d'Archive, le trip-hop désignait des ambiances électroniques surtout connues grâce à Massive Attack et Portishead.
Treize ans plus tard, l'heure n'est plus aux ambiances samplées et autres divagations extraterrestres. Plutôt à une pop joliment vêtue de son habit de lumière, et organique car louchant vers le progressif et la transe electro. Septième livraison, Controlling Crowds est un merveilleux cru qui résume tous les épisodes précédents. Une synthèse idéale entre les aspirations à la Pink Floyd, les envolées façon Prodigy et le melting-pot toujours prodigue d’un Tricky.
Darius Keeler et Danny Griffiths se sont croisés il y a une vingtaine d’année au sein de l’entité Genaside II, une formation qui faisait dans le breakbeat et la jungle. Ils ne se sont plus quittés depuis. Ce matin, à l’hôtel Villa Royale, en plein Pigalle, ils sont au rendez-vous. Charmants, même si un peu fatigués de leur dernière virée nocturne : les deux Anglais aiment particulièrement Paris.
Le titre de l’album - "contrôler les foules" - est-il une thématique de l’album, et surtout, qu’est-ce que cela signifie pour vous ?
Darius Keeler Nous sommes fascinés par le contrôle, notamment toutes ces histoires de gangs aux États-Unis qui parviennent à contrôler des zones entières de grandes villes. Est-ce là un fruit de la démocratie dans laquelle nous avons grandi ? Même chose pour ces guerres déclarées par le gouvernement américain en Afghanistan ou en Irak... Le monde dans lequel j’ai grandi a bien changé. Je suis aussi allé visiter les anciens camps d’Auschwitz en Pologne, des camps où le contrôle des uns sur les autres a atteint des sommets. Je me suis rendu compte qu’il n’y avait pas de limites à la folie des hommes, et cette idée de contrôle est devenue une obsession. Même dans nos pires cauchemars, la réalité est souvent bien en-dessous de ce que nous pouvons imaginer.
Quelle est le lien avec votre musique ?
Nous nous adressons à des gens qui vivent, comme nous, en démocratie, et je me demande si, comme moi, d'autres ont parfois cette impression de ne rien contrôler de la vie de leur pays, mais également de leur vie de tous les jours. Cela m'affecte beaucoup. Lorsque j’en ai parlé à Dan (Danny Griffiths, NDLR), il m’a dit qu’il partageait ce même sentiment. Ce n’est pas un album politique, plutôt une observation : le monde dans lequel nous vivons semble de plus en plus irréel.
Une solution ?
Non, l’homme est depuis toujours en quête de contrôle, et plus généralement de conquête et de pouvoir. Je n’ai pas l’impression qu’on puisse l’arrêter. La connexion avec notre musique c’est qu’en tant que musicien, et donc artiste, nous avons peut-être plus de recul, plus de temps pour penser et disserter sur ces grands problèmes. Mais je n’ai aucune solution à apporter.
Pourquoi n’y a-t-il jamais de photo du groupe sur la pochette ?
Parce que nous n’en avons pas besoin. Bien sûr que j’aime être reconnu à cause de mon art, mais cette histoire d’ego n’a rien à voir avec le contenu. La musique d’abord, notre tête dans les magazines après !
Comment classeriez-vous votre musique : en électro, en rock ?
Notre musique prend ses racines dans l’électronique et la musique progressive. A la base, il y a une rythmique bien assise que l’on ne retrouve pas dans le monde du rock, seulement dans celui du hip-hop. Dans le rock, la batterie accentue le mouvement mais ne le porte jamais, c’est la guitare qui est en avant. Chez nous c’est l’inverse, ou plutôt il n’y a pas de guitare.
Vous semblez plus populaires en France ou en Allemagne que chez vous, pour quelle raison ?
Parce que la musique électronique est une tradition ici. De Jean-Michel Jarre à Daft Punk, il y a des groupes extrêmement connus. Même chose en Allemagne : Kraftwerk a été un groupe si important qu’il a dépassé ses frontières. Mais en Angleterre, la guitare reste l’instrument essentiel. Il est toujours difficile d’être pris au sérieux si le groupe ne comporte pas de guitariste dans ses rangs, or c’est notre cas. Human League, pour citer un groupe anglais sans guitare, a eu beaucoup de succès dans les années 80, mais n’est jamais devenu aussi énorme qu’Oasis ou Coldplay. Il n’y a pas d’histoire de la musique électronique en Angleterre, elle reste à écrire.
Et aux États-Unis ?
Aucun de nos disques n’y est sorti, nous espérons que celui-ci sera le premier. Nous n’y avons jamais joué non plus, mais nous avons l’avenir devant nous, non ?
Retrouvez la chronique de Controlling Crowds sur Attention Musique Fraîche !
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