BB Brunes : "On ne copie personne"

Ils ont grandi, les BB. Après un premier album, Blonde comme moi, proclamé disque de platine, une Victoire de la musique et une série de tournées à guichets fermés, revoilà les kids du rock, plus matures mais toujours aussi enthousiastes. Avec un nouvel album très attendu, intitulé Nico Teen Love : quinze chansons trépidantes, dans lesquelles on reconnaît les guitares effervescentes et les mélodies agiles qui ont fait leur griffe. Un disque en noir et blanc aussi, où les rituelles histoires de flirts côtoient des textes plus sombres, amour et mort confondus, candeur et mélancolie.
Après le succès de votre premier album, avez-vous l’impression d’être attendus au tournant pour ce deuxième ?
Adrien : Non, on n’a pas trop la pression... Quand le premier album est sorti, on a continué à écrire des chansons, à les travailler en parallèle, pendant les tournées. Au moment d’enregistrer, on avait une quarantaine de morceaux nouveaux, on savait où on voulait aller. Ne restait plus qu’à choisir. Le but principal du premier album, c’était de faire quelque chose qui nous plaisait, de se donner à fond. On a gardé le même état d’esprit pour celui là.
Félix : L’album sort le 16 novembre, moi je pense que je vais avoir la pression ! On a toujours envie de faire mieux. Il y a toujours l’angoisse du flop, se demander si c’est réussi, si ça va marcher…
L’idée c’était de ne pas refaire la même chose ?
Adrien : On ne s’est pas posés la question. Les chansons sont venues comme ça, naturellement. Notre objectif c’était de travailler beaucoup plus les sons, les arrangements, d’arriver à retranscrire ce qu’on avait dans la tête.
Comment s’est passé l’enregistrement ?
Adrien : On a rencontré un réalisateur qui s’appelle Antoine Gaillet et qui a déjà travaillé avec les Wampas, Julien Doré, ou Mademoiselle K. On a tout de suite eu un bon feeling avec lui, il écoutait les mêmes trucs que nous, des groupes comme les Arctic Monkeys, The Thrills, Jet ou Babyshambles. Tout s’est passé assez vite, on a enregistré dans un coin paumé de Normandie, en pleine campagne.
Félix : Il fallait faire vite ! On n’avait qu’une semaine, entre deux tournées, pour enregistrer 18 titres. Mais ça nous convenait, on voulait que le disque sonne live.
Comment travaillez-vous ? En collectivité ou chacun dans votre coin ?
Adrien : Je propose des chansons et si elles plaisent à tout le monde, chacun écrit sa partie, basse, batterie, guitare. Après, on met nos idées en commun pour les ponts ou les breaks.
Quand on écoute bien les textes, ils sont finalement assez sombres… Ca parle d’amour mais aussi de mort, d’addiction, de mal-être…
Adrien : Ce qui m’intéresse dans une chanson c’est de pouvoir extérioriser un malaise, une angoisse. C’est plus facile d’écrire quand tu es malheureux. Quand tout va bien, tu ne ressens pas la même urgence à t’exprimer. Je me suis quand même donné le défi d’écrire une chanson alors que je me sentais heureux, que je vivais une relation amoureuse stable et équilibrée… Elle s’intitule Lalalove You.
Vous êtes un des rares jeunes groupes de rock à chanter en français. C’est une profession de foi ?
Félix : Avant BB Brunes, notre premier groupe s’appelait Hangover, et on faisait du punk américain. On n’écoutait que des groupes anglo-saxons, on ne chantait qu’en anglais. Quand Adrien s’est ramené avec les premières chansons en français, ça nous a fait bizarre, et puis on s’est rendus compte que ça sonnait aussi. C’était une sorte de pari… Notre identité passait aussi par là.
Adrien : Au début, quand je compose la mélodie, j’écris souvent en yaourt. Ce n’est qu’ensuite que je me penche sur le texte. Je travaille sur les sonorités, sur le rythme, je privilégie la forme au fond. Je choisis des mots qui sonnent et ensuite je construis une histoire.
Félix : On a plein de chansons en anglais, qu’on aimerait sortir un jour…
Mais vous n’avez pas le souci que vos fans comprennent ce que vous chantez ?
Adrien : Ce n’est pas si important. Quand j’écoute des groupes anglais, la plupart du temps je ne comprends pas grand-chose… Les Beatles, par exemple, c’est leur musique, leurs mélodies plus que leurs textes, qui les ont rendus universels. Dans Mozart, y’a pas de paroles…
Avez-vous l’impression de vous adresser à une génération, la vôtre ?
Adrien : Nous ne nous considérons pas comme des porte-paroles. Si notre musique plaît aux gens de notre génération, tant mieux, mais ce n’est pas calculé.
Quelles étaient vos influences, quand vous avez commencé à faire de la musique ?
Félix : Surtout des artistes anglo-américains comme les Strokes, Iggy Pop, les Libertines. Mais aussi des chanteurs français, comme Serge Gainsbourg ou Jacques Dutronc. Pour ce nouvel album, on avait en tête des groupes comme les Dandy Warhols ou les Last Shadow Puppets, le projet parallèle d’Alex Turner, leader des Arctic Monkeys. Mais on ne copie personne, ce sont juste des gens qui nous poussent à faire de la musique !
Crédit photo : Mathieu Zazzo
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