Beast : "On a joué sur nos contraires et nos différences pour faire avancer le projet"

Le 26/03/2010 à 00h03, par SFR Live Concerts

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Beast : "On a joué sur nos contraires et nos différences pour faire avancer le projet"

On les croit canadiens anglophones, quand ils viennent du sud de la France et sont exilés depuis treize ans en parlant sans accent. Le groupe et son album éponyme intriguent avec leur trip-rock incisif et urbain, mélange d’agressivité et de sons cinématiques. Ça méritait une rencontre.

 

Pourquoi vous êtes-vous exilés tous les deux ?
Betty Bonifassi :
Pour revenir par la grande porte ! Non, ça c’est juste le résultat. On ne réussissait pas grand-chose en France, à part tourner dans des petits bars. Il y a moins de pression au Québec et plus d’opportunités. Il y a une belle scène à Montréal et beaucoup de bons musiciens ; c’est assez facile de s’exprimer et de monter des projets. Les Québécois sont des combattants, dès qu’un projet est fini, ils enchaînent sur un autre, c’est une vraie belle énergie. C’est cela qui a mis mon énergie de compositrice en route.
Jean-Phi Goncalves : Moi je suis venu pour prendre des cours de batterie avec le jazzman Paul Brochu qui était le batteur de Uzeb (groupe jazz-rock fin 70’s) et enseignait dans une école publique. Ensuite j’ai commencé à travailler, mais notre rencontre ne date pas de cette époque-là…  

Comment cela s’est-il concrétisé ?
Betty :
Il y a d’abord eu le projet des Triplettes de Belleville, ensuite la collaboration avec Dj Champion, et maintenant notre projet, un cran au-dessus avec Jean-Phi.
Jean-Phi :
Moi, en temps que batteur, j’ai fait de la production pour Jean Lapointe, Lauryn Hill et j’ai monté mon groupe Plaster. Ensuite, nous nous sommes rencontrés en travaillant pour Ubisoft à créer des musiques de jeu vidéo. Cela nous a donné envie de pousser plus loin tous les deux et nous avons fait notre album, à la maison, il y a deux ans.

Si ça fonctionne si bien, pourquoi revenir ?
Betty :
Parce qu’on aimerait bien que nos amis et notre famille puissent en profiter aussi en live. On reste français, malgré tout… Il fallait que ma mère voit qu’il allait en être ainsi jusqu’à la fin de mes jours !
Jean-Phi : De mon côté, il fallait aussi que mes parents comprennent ce que je faisais une bonne fois pour toutes…  

Passons à l’album Beast, c’est aussi un album d’exil… 
Betty :
Non, on aurait pu le faire n’importe où avec mes influences jazz, soul et R'n'B, peu importait l’endroit. Mais on est dans une rondeur rock à la Rage (Against The Machine) et donc assez nord-américain…
Jean-Phi : Moi je revendique l’influence des musiques anglaises et nord-américaines, mais je pense que relevant de cet univers-là, on aurait pu s’y atteler n’importe où… 

Sur scène, c’est indéniablement rock et rentre-dedans, mais l’album ?
Betty
 : Oui, je suis totalement dedans comme un boxeur. C’est un projet que je veux vivre à fond.
Jean-Phi : L’album, lui, a été conçu sous l’impulsion, sans analyse et sans conceptualiser. On ne s’est arrêté que sur ce qui nous plaisait. Le projet, on le sentait dès le début. Après une session de travail pour Ubisoft où Betty est venu travailler chez moi, on a composé un titre qui a fait sens : Devil, qui arrachait bien ; titre qu’on a bouclé en 45 minutes. Ensuite, on a travaillé en appuyant sur les contrastes, entre le dur et le doux. Et on a fini par un rap où elle a lâché son premier flow…
Betty : Je ne rappe toujours pas… mais j’essaye. On travaillait dos à dos, à la Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir et à la fin de la journée on se montrait chacun le travail de l’autre.  

Drôle de façon de bosser, non ?
Betty :
En tout cas efficace. J’étais arrivée avec mes textes et lui avançait sur les compos, et en agissant ainsi on a reconnu les impulsions qui venaient de l’un et de l’autre. On a appris à se connaître peu à peu et on s’est mis à enregistrer en fin de journée le travail progressif d’approche de l’un et de l’autre et les climats qui s’en dégageaient.
Jean-Phi : On a décidé qu’on allait jouer sur nos contraires et nos différences pour faire avancer le projet, en tenant compte de ce que l’on ne se connaissait pas et qu’il fallait qu’on s’entende. C’était la création dans la découverte et les découvertes de chacun. 

Out of Control (qui passe en radio) c’est votre manifeste ?
Betty :
Oui, c’est important que cela marche pour nous ici, on veut la reconnaissance, on n’a pas fait 7000 kms pour ne pas percer. Je ne suis pas très promo, mais là sur scène on y va à fond, on veut que les gens adhèrent à notre démarche et qu’ils ressentent tout ce qu’on leur balance.  

Pourtant, tout ne s’est pas passé sans contretemps, cette fois.
Betty :
Oh oui, on n'a d’abord pas pris l’avion prévu, parce qu’on était à la remise des Canadian Awards où l’on était nominé pour le clip de l’année (sans gagner), et ensuite, le transfo de la basse nous a lâchés en plein concert. On arrive avec du matériel à ampérage anglo-saxon et cela ne pardonne pas quand le courant n’est pas sécurisé. Le bassiste n’arrivait pas à obtenir la rondeur de son cherchée et puis de lui, tout le son a sauté sur la console, en domino. C’est pour cela qu’on est reparti a cappella. 

Pas mal le rap pour finir le concert, appuyé juste sur la batterie… 
Jean-Phi :
Oui, on a retourné le problème en jouant comme ça. C’aurait été trop frustrant de repartir, alors qu’on avait mis en place le climat qu’on cherchait et que le public répondait.
Betty :
Après Out of Control, quand ça a lâché, c’est le rap qui nous a permis de rebrancher la console et miracle, quand le son est revenu, la tension est réapparue intacte, ce qui nous donné un beau final rageur. Après quoi, le public est reparti impressionné et touché. Juste ce que l’on voulait. Gagné !

 

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