Benjamin Paulin - L'Homme moderne

"Notre futur n’a pas d’avenir", "J’ai marché dans l’amour"… Vrai dandy pop, Benjamin Paulin soigne ses mots et ses formules. C’est le moins que l’on puisse dire. Il jette à notre pâture ses aphorismes pointillistes, surréalistes et réalistes comme un peintre cubiste tire le portrait de son imagination : haut en couleur et quelque peu désinvolte : "J’ai retrouvé ma bonne humeur, j’ai acheté un fusil" (Dites-le avec des flingues). La chose est assurée, il a le sourire triste : "Les oiseaux chantent, quand ils ne sont pas en train de nous chier dessus" (Tout va bien). Mais il se soigne… : "Hier j’ai essayé de me foutre en l’air, mais j’ai pas réussi / Aujourd’hui, ça va mieux, merci". (J’ai marché dans l’amour) et encore, avec le temps ça s’arrange : "Je suis là, quelque part entre l’âge ingrat et l’âge Viagra" (J’ai changé). Pourtant, son venin est craché depuis un cocon à l’éternel bourgeois bohème parisien (son père est le designer Pierre Paulin), celui idéalisé dans sa période d’or, les années 60. La bande du Drugstore aurait pu être son phalanstère. Lui y ajoute un certain talent. Facile et tranquille, à la limite de l’agaçant.
La bande-son y est pour beaucoup : une pop entraînante qui fait swinguer ses textes jusqu’à les rendre entêtants. Le suicide devient une ritournelle et la décadence se chante à tue-tête. Des mélopées évidentes, signe d’un travail acharné. Bref, avec L’homme moderne, Benjamin Paulin signe ici un album remarquable, digne représentant de sa génération. Un peu comme Noir Désir avait en son temps représenté ses contemporains avec L’homme pressé. Autre temps, autres mœurs.
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