Biffy Clyro : "Nous avons pris goût aux structures élaborées"

Comment définiriez-vous l'évolution entre votre premier album, Blackened Sky, sorti en 2002 et ce Only Revolutions ?
James Johnston : Elle a été énorme, évidemment. Pour notre premier album, nous avons enregistré les chansons sans fioritures pour en conserver toute la simplicité. Puis, dès notre deuxième album, nous avons commencé à prendre goût aux arrangements et aux structures plus élaborées. Notre musique a vraiment évolué en même temps que nous pour arriver à des albums comme Puzzle et Only Revolutions qui serait un peu sa suite directe.
Puzzle est justement l'album où vous avez vraiment explosé, aviez-vous une pression particulière au moment d'enregistrer son successeur ?
Ben Johnston : Oui et non. Dans un sens, on ne se pose pas ce genre de questions par rapport à l'accueil du public et des ventes. Si on se dit "oh mon dieu, il faut absolument qu'on vende plus que Puzzle !", c'est mort avant même de commencer. Le groupe existe depuis assez longtemps (quinze ans, ndlr) pour qu'on aborde un nouvel album avec la tête froide, même si le précédent a connu un grand succès et nous a fait accéder à un autre niveau de notoriété. À la limite, la seule pression qu'on a ressentie, c'était au moment d'enregistrer au studio Ocean Way, là où Frank Sinatra a fait My Way. On voyait toutes les photos de ces artistes de légende au mur et là, on a commencé à se dire qu'il ne fallait pas trop déconner ! (rires)
Contrairement à Puzzle qui était très claustrophobe et oppressant, j'ai trouvé Only Revolutions plus léger et aérien, était-ce dû à l'humeur du moment ?
James : Complètement, oui. L'enregistrement de Puzzle était très tendu car à l'époque nous étions à un point dans notre carrière et dans nos vies où nous doutions. Si le succès de cet album a bien eu un effet positif, c'est qu'il nous a confortés dans nos choix artistiques et esthétiques. Et puis Simon s'est marié entre temps, sa perception de la vie est forcément différente. Only Revolutions parle justement des changements auxquels on est confronté dans l'existence, des nouveaux rapports de force, de la communication entre deux individus et surtout du manque de communication.
Ce qui nous amène directement à la pochette de l'album, qui m'a très fortement rappelé High Hopes de Pink Floyd…
Ben : C'est normal, car c'est le même artiste qui l'a fait : Storm Thorgersen (qui a aussi travaillé entre autres pour Muse, Offspring, Cranberries ou Audioslave, ndlr).
Ah, donc c'est le gars qui n'a qu'une seule idée et qui la recycle…
Ben : (rires) Non, si tu regardes bien, il y a plus de symboles qu'il n'y paraît. Au fond, on peut voir une table brûler ; "the table burns" est une expression anglophone qui signifie que dans des négociations, par exemple, personne n'arrive à s'entendre à la fin. Et si tu y regardes de plus près, les deux drapeaux couvrent la bouche de chacun des protagonistes : là encore, ça montre l'incommunicabilité. Il y a encore d'autres symboles dans les pochettes des singles, mais on te laissera les découvrir. (rires)
Only Revolutions est sorti dans une édition collector très complète, est-ce une manière de contrecarrer la crise du disque en proposant à vos fans de beaux objets à acheter ?
James : Oh tu sais, vu le coût de fabrication de ces coffrets, on ne va pas gagner beaucoup d'argent dessus. (rires) Mais oui, en effet, c'est une manière de nous rapprocher de nos fans en offrant plus aux plus passionnés. Dans le coffret, il y a quand même le CD, un DVD, l'album en vinyle, des goodies, un artwork dédicacé par Storm, un CD de playback pour pouvoir rejouer chez soi les parties guitare, basse et batterie et même un petit morceau des drapeaux qui ont servi pour la pochette. On ne peut pas dire qu'on se moque du monde.
Pour revenir aux arrangements sophistiqués de vos albums, avez-vous déjà eu l'envie de donner un concert avec un orchestre symphonique, comme Metallica ou d'autres ont pu le faire par le passé ?
James : Évidemment, oui, mais ça coûterait énormément d'argent donc on ne pourrait pas tourner beaucoup, et ce ne serait certainement qu'au Royaume-Uni, où notre notoriété nous permettrait de jouer dans de plus grandes salles. Je nous imagine mal au Trabendo le 15 décembre prochain avec quatre-vingt musiciens ! (rires) Donc oui, c'est une envie mais ça va demander du temps à mettre en place. On a déjà tourné avec une petite section cuivre ou cordes, mais généralement c'est juste nous trois.
Comment parvenez-vous d'ailleurs à rendre à trois la richesse des versions studio de vos chansons ?
Ben : On les aborde d'une façon complètement différente pour la scène, en compensant par l'énergie le manque d'instruments. Ce sont presque de nouveaux morceaux, du coup. Mais même dans des arrangements différents, ça reste nos compos.













































