Casus Belli : "J'essaie d'avoir une rage positive"

Comment as-tu débuté ton parcours ?
J’ai commencé le rap en 1995, un parcours classique : les MJC de la banlieue lyonnaise, des scènes de quartier. Je préparais mes freestyles à la maison en semaine et je rappais le week-end pour montrer que j’étais le petit nouveau sur lequel il fallait compter. J’ai été sur la mixtape de DJ Duke, Duke Flava, j’ai rencontré des producteurs et j’ai fait mon premier maxi vinyle en 2001. Je préparais mon album, j’avais 27 morceaux et mon producteur est parti. Donc j’ai monté un label avec mes potes, histoire de se prendre en main. On a fait trois street tapes gravées le temps de préparer un album. On donnait nos tapes dans la rue, dans les Fnac, et on mettait de l’argent de côté. On ne comptait que sur nous. Le son s’est répandu sur la région, on a créé l’attente pour l’album Soul Fiction en 2005.
Où en est le rap lyonnais ?
C’est comme le rap hexagonal en miniature : il y a toutes les tendances, énormément d’artistes. Chacun va y trouver son compte. On a les Pokémons en danse, DJ Fly qui est champion du monde, on a aussi des producteurs, mais au niveau du rap on n’a pas encore réussi à se faire entendre.
Sur ton album, on trouve le remake d’un de tes premiers morceaux, Tout p’tit.
Ça a été écrit il y a huit, neuf ans. C’est mon chouchou, le morceau qui a fait l’unanimité sur les street tapes, qui a franchi toutes les barrières. Ça a marqué tout le monde, j’y dis des choses pas trop connes et j’y ai mis mes tripes. C’est le seul de l’époque que j’avais écrit sans prendre de feuille, quand le son tournait en voiture. Quand je le réécoute, je vois que j’ai réalisé certaines des choses dont je parle dans la chanson. C’est une fierté.
Tu as invité Keny Arkana sur Un autre monde.
C’est moi qui suis allé la chercher. Je connaissais son manager, j’apprécie énormément Keny et c’est une guerrière. C’est une de mes plus belles rencontres artistiques. Elle a donné beaucoup de sa personne pour le morceau. Un pur moment.
Comment s’est passée ta rencontre avec Rohff ?
Ça s’est fait par l’intermédiaire du label Banlieue Sud, qui produit l’album avec Foolek Records. Ils connaissent Rohff depuis l’enfance, ils lui ont fait écouter mon travail, ça lui a plu, on a bossé ensemble. C’est le système des poupées russes.
Ton album est souvent dur, mais tu n’y glorifies pas le gangstérisme…
C’est une de mes lignes directrices. J’ai fait du rap sans calculer au tout début, en crise d’adolescence, après j’ai eu de responsabilités, et puis je suis prof de sport, j’ai des gamins tous les jours, j’ai aussi mes enfants qui un jour écouteront ce que je fais, donc j’essaie d’avoir une rage positive. Celle qui pousse à avancer, à te motiver encore plus, à redoubler d’efforts.
Ta hiérarchie réagit comment face à ton rap ?
Je garde un filtre avec mes élèves, mais j’en ai plein qui viennent aux concerts, des anciens élèves qui me suivent, on fait des photos en fin d’année. Ma hiérarchie ne m’en parle pas trop, ils suivent ça de loin, ils tolèrent. De toute façon, c’est aussi ma vie privée. Tant que je suis carré dans mon boulot et qu’on n’a rien à me reprocher, je suis tranquille. Et le message que je passe dans mes textes va dans le sens de ce que j’essaie de transmettre aux jeunes, il n’y a pas d’incompatibilité. Quand ils tombent sur d’anciens textes, des fois… Mais bon, la rage est devenue positive, canalisée.
Ça change quelque chose d’être un rappeur blanc ?
Des fois ça peut être plus facile, mais j’essaie de montrer par mon parcours que j’ai eu la même difficulté que tout le monde pour arriver où j’en suis aujourd’hui. J’y suis allé tête baissée, j’essaie de rassembler le plus possible. Je suis au carrefour de plusieurs choses. Etant blanc, j’ai plus de facilité à me fondre dans certains milieux, et je suis caméléon, à l’aise avec mes potes blacks et beurs. J’espère que ma musique retranscrit aussi tout ça et peut réunir tout le monde. Les gens ont beaucoup d'a priori sur le rap en général, et la difficulté est de leur montrer que les rappers sont aussi sincères, qu’il y a des textes magnifiques. C’est un travail de terrain, et c’est à nous de mettre ça en avant. Quand on prend le temps de se pencher dessus, on voit que c’est la poésie urbaine des temps modernes.
Lire la chronique de Cas de guerre, le nouvel album de Casus Belli sur SFR Music













































