Emilie Simon - The Big Machine

Comme il doit faire bon être Emilie Simon… Pouvoir arpenter sans contraintes, légère et court-vêtue de sa seule imagination, les champs des possibles que déploient devant ses yeux (et nos oreilles) les infinies possibilités offertes aujourd'hui par la musique moderne. Pouvoir accoucher d'un album au naturel, sans une escouade d'obstétriciens de studio toujours prompts à pousser la péridurale au risque de dénaturer la beauté de l'acte. En un mot, pouvoir composer et enregistrer un album comme on le souhaiterait vraiment, avec pour seul intermédiaire toléré le système nerveux assurant la jonction entre l'âme de l'artiste et ses mains. Telle est la réalité d'Emilie Simon qui peut sans rougir apposer au dos de chacun de ses albums la mention "Écrit, composé, arrangé, programmé et réalisé par Emilie Simon" – à la différence près que cette fois, c'est écrit en anglais. C'est même là une des différences majeures de ce troisième album (on vous fait grâce de la BO des pingouins) de la Montpelliéraine, désormais reconvertie en New-Yorkaise : l'anglais. S'il lui est arrivé, dès son premier album, de pousser la chansonnette dans la langue de Lou Reed, le switch est ici définitif et quelques résurgences francophones mises à part, tout est chanté en anglais sur The Big Machine.
"Chanté" est d'ailleurs la deuxième nuance qui caractérise le disque, car Emilie Simon n'aura jamais aussi bien donné de la voix (enfin, VENDU de la voix, hein, on ne vous dira jamais assez qu'il faut rémunérer les artistes à leur juste valeur), dont certaines envolées ressemblent à s'y méprendre à la légendaire Kate Bush – à tel point qu'on s'est retrouvés plusieurs fois le nez dans le livret à vérifier si certains titres n'étaient pas des reprises. La comparaison avec l'interprète de Babooshka et Wuthering Heights n'a d'ailleurs rien d'injurieux car, au-delà de cette voix reconnaissable entre mille, l'Anglaise était déjà révérée en son temps pour la qualité de ses productions. Ce qui nous amène au dernier point de The Big Machine : les chansons. Dense et riche comme les autres productions de Mademoiselle Simon, cette troisième livraison se caractérise aussi par une approche plus frontale et plus pop (Chinatown, Nothing to do with you, Fools like us, la fantaisie proto-cabaret Rocket to the Moon qui ferait un single assassin... Les exemples ne manquent pas), comme si la mutation entamée sur Végétal avait définitivement abouti pour laisser éclore une Emilie Simon plus décomplexée que jamais.
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