Indochine – La République des Météors

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Comme le Phoenix, Indochine renaît de ses cendres depuis Paradize sorti en 2002. Incroyable retour d’un groupe qui aura jalonné les années 80, et embarqué dans sa trace une jeunesse qui a dansé, hurlé, idolâtré, la pop synthétique des frères Sirkis. Les troubles années 90 marquées par un drame, des doutes, et un abandon des médias, n’empêchèrent jamais le groupe de remplir des salles de concerts grâce à l’amour sans faille de leur public.
La République des Météors est donc là, recouverte de cette pochette, œuvre d’un Méliès psychédélique mettant en scène origines, influences, guerres et séparations. Moins rock, moins guitares, plus pop, plus claviers, musicalement il est le plus collectif de tous. On y retrouve évidemment Nicola Sirkis et Olivier Gérard (Oli de Sat) dans la composition des titres, mais également Boris Jardel, Marc Eliard, François Matuszenski.
En ce qui concerne les textes, Nicola a fait appel à Suzanne de Pravda sur Go Rimbaud Go et Un Ange à Ma Table. Rudy Leonet, ami de toujours signe Le Grand Soir. Gwenaëlle Bouchet co-écrit L. World et chante en duo avec Nicola sur Je t’aime tant, titre de Elie Medeiros et Denis Quillard (texte absent dans le livret). Enfin l’écrivaine, Nathalie Dalain, pose un de ces textes, Les aubes sont mortes, sur une des musiques de La République des Météors.
A bien avoir écouté ce nouvel album d’Indochine, on est loin du conceptuel Alice & June, on traverse des histoires personnelles dans lesquelles beaucoup de monde se reconnaîtra. Un sentiment est universel, celui de la séparation sous toutes ses formes nous a tous touchée à un moment ou un autre. Cette République des Météors est faite pour fredonner la vie, hurler pendant les concerts, pleurer dans son coin. Aussi riche en mélodies que Paradize, il y a des titres que vous écouterez en radio dans les mois qui viennent : Le lac, Un ange à ma table, Je t’aime tant, Union War. Personnellement, j’ai été ému par Bye Bye Valentine, et j’ai beaucoup bougé sur L. World.
Go Indo Go ! Au diable l’intolérance, les menteurs et les cons ! Rendez vous pour la tournée, le Stade de France le 26 juin 2010, et une date parisienne dans pas longtemps… (Chut, je ne vous ai rien dit).
Interview du groupe
Votre nouvel album s'intitule La République des Meteors. Pourquoi ce titre ?
Nicola : Ça signifie que tout passe, tout disparaît, que l'on soit un citoyen anonyme ou un personnage célèbre, comme ceux qui figurent sur la pochette. Le disque parle de l'absence, de la séparation, en particulier d'avec l'être aimé. J'ai transposé ce sentiment à propos des soldats qui partaient au front en 14-18, laissant derrière eux fiancées, femmes ou enfants. Je voulais faire un album émouvant, qui me donne la chair de poule. Mais tout n'est pas triste, loin de là, dans ce disque...
Après Danceteria, Paradize et Alice & June, voilà à nouveau un concept-album...
Nicola : Exact, mais ce n'était pas prémédité. Au départ, je n'avais pas d'idées préconçues. C'est en découvrant une expo de l'artiste Sophie Calle, à la Biennale de Venise, une expo dans laquelle elle mettait en scène une lettre de rupture, que j'ai eu l'idée de ce thème. Après, tout a coulé de source.
Oli de Sat et vous, semblez être les deux têtes pensantes du groupe. Comment travaillez-vous ?
Oli : On a la même approche de la musique. Nous n'intellectualisons pas la composition, mais partons de certains accords ou sons, par exemple d'un gimmick de guitare, d'un piano jouet, ou simplement de clochettes. On ne se met pas de barrière et ça fonctionne comme ça.
Nicola : J'ai besoin d'avoir un climat tout de suite pour la chanson. Après, l'enregistrement en studio, ça n'est que de l'exécution. Avec Oli on compose beaucoup, cette fois on avait écrit une cinquantaine de morceaux. Nous avons travaillé sans interruption, de septembre à mai dernier. Avant, avec Dominik, on en écrivait 10 ou 12 et on s'arrêtait là.
Le groupe Indochine a déjà une longue carrière, avec des hauts et des bas : le départ des musiciens originels, le décès de votre frère, une certaine traversée du désert. Comment avez vous réussi à continuer, malgré toutes ces années difficiles ?
Nicola : Je n'ai jamais douté de ce groupe, même quand le succès nous a un peu abandonné. C'est vrai que je me suis posé des questions à la mort de mon frère, mais continuer le groupe a été pour moi comme une thérapie, une façon de surmonter ce deuil. Et puis les fans nous ont toujours soutenus, j'ai toujours été très proche d'eux. Oli, par exemple, était fan d'Indochine quand je l'ai rencontré. Aujourd'hui, il fait partie du groupe.
Oli : A l'époque où j'ai commencé la musique, à part Indochine, que ce soit au niveau musical ou pictural, il n'y avait pas de groupes en France qui avaient des références anglo-saxonnes. Moi qui écoutais Blur, Nine Inch Nails ou Suede, j'ai tout de suite adhéré. C'est étonnant de voir qu'aujourd'hui, il y a presque trois générations de fans, qui se renouvellent principalement par le bouche à oreille...
Sur la pochette du nouveau disque, parmi plein de personnages, on reconnaît Jacques Dutronc. Pourtant, vous avez déclaré un jour que vous n'aimiez pas la chanson française...
Nicola : Pour moi, Dutronc, c'est du rock, parfois même du punk, c'est pas du Renaud... Les classiques de la chanson française, comme Léo Ferré, j'ai toujours eu du mal. Je me souviens m'être ramassé une torgnole de mon père parce que je me bouchais les oreilles quand Brassens passait à la radio... Mon école, c'est Gainsbourg, Dutronc et Higelin. Souchon et Voulzy un peu aussi, parce que Voulzy a une écriture très anglo-saxonne et que j'aime le côté déprimé de Souchon. Bashung, c'est plus récent, La nuit je mens est une chanson magnifique, mais je n'aimais pas Gaby, ce genre de trucs. Bashung c'est pas de la chanson pour moi, c'est du rock français, du rock en France.
Vous écoutez quoi, en ce moment ?
Nicola : J'ai beaucoup aimé l'album de MGMT, même si ça m'épate moins sur scène. C'est un peu un retour au vieux rock progressif, mais ce qu'ils dégagent me fait plutôt penser au premier Placebo. Le dernier truc que j'ai acheté c'est White Lies, rien de nouveau devant l'Eternel, mais c'est intéressant. Et toujours Antony and the Johnsons, le dernier album est magnifique. Côté français, j'aime bien le single de La Casa, Go Go Go, et Renan Luce que j'ai vu plusieurs fois sur scène grâce à ma fille. Sinon, je réécoute les premiers Bowie, Joy Division. J'adore Springsteen aussi, j'ai repris jadis une chanson de lui qui s'appelle Two Faces. Dylan, c'est grâce à lui que j'ai appris la guitare, en 92 : j'avais acheté la partition de Blowin' in the Wind. Après, j'ai attaqué Harvest de Neil Young... Mais en fait, aujourd'hui, j'écoute de plus en plus de musique classique.
Auriez-vous aimé, comme jadis Téléphone, faire la première partie des Rolling Stones ?
Nicola : On nous l'a proposé, à Nice il y a trois ans, mais nous avons refusé. Rien à voir avec les Stones, que je respecte et que j'avais été voir aux Abattoirs de la Villette, en 1976. A l'époque, ça coûtait 42 francs. Mais là, le prix des places était à 160 euros, je ne voulais pas participer à ça. J'ai suffisamment donné mon âme au diable dans ce métier pour ne pas la vendre aujourd'hui.
Propos recueillis par Philippe Barbot.
La République des Meteors, sortie le 9 mars.
Revoir les images de la conférence de presse donnée par Indochine pour annoncer leur grand retour.
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