John Lydon : « Cette campagne de pub pour le beurre Country Life, c’est ce qui a payé le nouvel album »

Le 18/06/2012 à 18h06, par SFR Live Concerts

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John Lydon : « Cette campagne de pub pour le beurre Country Life, c’est ce qui a payé le nouvel album »

Après vingt années de silence, le deuxième groupe de John Lydon, la figure de proue des Sex Pistols, revient avec un album. Des concerts de Public Image Ltd (P.I.L.) devraient même être rapidement annoncés en France, et s’ils sont à l’image de l’album, ils seront incendiaires. John est en pleine forme, et louche beaucoup vers le Clash dub période « Sandinista », Punk mais pas que.   

 

Pourquoi avoir attendu aussi longtemps avant de sortir un nouvel album ? 
 
John Lydon : Je suis comme de nombreuses artistes, victime du diktat des maisons de disques. Pendant presque vingt ans ils m’ont considéré comme mort, je ne pouvais rien faire. Quand je dis cela je tiens à préciser que je n’avais même pas le droit de sortir un disque sous mon nom ni sous le nom de Public Image Ltd. Il a donc fallu que je m’attaque à ces contrats, et voilà, ça a pris toutes ces années. Ensuite puisqu’il n’était plus question pour moi de retravailler avec ces multinationales, et que je voulais me produire, il m’a fallu économiser. Enregistrer un disque coûte de l’argent, répéter et donner quelques concerts encore plus. C’est pour cela que j’ai participé à des émissions de télé réalité de style I’m A Celebrity… Get Me Out Of Here, pour pouvoir économiser. Aujourd’hui, le disque est terminé. Enfin ! Mais j’ai tout organisé de manière indépendante. Depuis le début c’est ce que je j’avais en tête, m’autofinancer. Pourquoi ? Parce que je suis le seul maître à bord, personne ne peut me dire quoi faire. C’est quelque chose de très satisfaisant, on dirait presque un film Américain, quand pendant une heure les catastrophes se sont enchaînées mais que le générique de fin arrive sur une fin heureuse. 
 
Pourquoi des catastrophes ? 
 
John Lydon : Parce que je ne pouvais pas travailler ! Je n’avais pas les moyens financiers d’aller en studio, mais j’étais encore sous contrat et n’avais le droit de ne rien faire, juste me taire. Pour moi ce n’est rien d’autre que de l’esclavagisme, et ce qui m’a le plus étonné, c’est que cette situation n’avait rien d’exceptionnel. Je n’ai pas été le premier et ne serai sans doute pas le dernier à être ainsi bâillonné, l’industrie du disque est complètement à la dérive. 
 
Vous auriez pu changer de nom encore une fois ? 
 
John Lydon : Non même pas, mais c’est amusant que tu me parles de cela, car c’est l’une des raisons qui m’a fait passer de Johnny Rotten à John Lydon, pour échapper à quelques contrats. Mais non, cette fois je ne pouvais rien faire. Heureusement je me suis bien amusé à la télé et avec cette campagne de pub pour le beurre Country Life et ces documentaires sur la vie sauvage, c’est ça qui paye le nouvel album de Public Image aujourd’hui, rien d’autre ! Je te parle là de Public Image Ltd, mais pour les Sex Pistols aussi, la situation a mis aussi des très nombreuses années à se débloquer. 
 
Est-ce que votre personnage un peu arrogant a contribué à votre isolement ?
 
John Lydon : Non, il ne faut pas confondre la personne publique et celui dans le privé. On ne va pas parler que de ça mais les artistes sont plus à plaindre que les compagnies de disque. Comment survivre si l’on ne peut travailler ? 
 
Il y a une phrase que je trouve très importante dans ce nouvel album « We come from chaos you cannot change us ! », ça mérite une petite explication non ? 
 
John Lydon : C’est très autobiographique, il y a beaucoup de choses dans cet aveu, car oui c’est un aveu. Je ne me suis jamais apitoyé sur mon sort, je suis toujours allé de l’avant. Je ne me suis jamais morfondu ni adonné à la dope comme certains de mes copains, mais ça ne m’empêche pas que ma vie a été chaotique. Je suis patient, on peut même dire que c’est l’un de mes traits de caractère, j’ai toujours eu des buts dans ma vie, et retourner en studio est quelques chose que je voulais depuis des années. Sinon j’adore jouer, PIL c’est avant tout un groupe de scène, c’est pour cela qu’il y a cette énergie très présente. 
 
Et le chaos ?
 
John Lydon : C’est l’extrême pauvreté dans laquelle j’ai grandi, le fait que notre famille n’était pas très unie, je n’ai jamais parlé à mon père ce qui ne veut pas dire que je ne l’aimais pas. Je suis né d’une famille Irlandaise et j’ai souvent dit que le chaos était ma philosophie. Je n’ai jamais suivi de règles que ce soit chez moi dans la rue encore moins à l’école, ma seule règle c’était de toutes les briser, casser toutes ces barrières érigées autour de moi. 
 
Qui joue dans Public Image aujourd’hui ?
 
John Lydon : Les deux musiciens les plus importants à mes yeux sont Bruce Smith à la batterie et Lu Edmonds à la guitare, je n’aurais jamais pu rejouer sans eux. 
 
Pourquoi s’est formé PIL ?
 
John Lydon : Parce que j’avais écrit de nombreuses chansons à l’époque des Sex Pistols et qu’elles n’avaient pas leur place dans le format du groupe, les autres ne voulaient tout simplement pas en entendre parler. Pas assez ceci, trop comme cela… Il était temps pour moi de passer à autre chose. Malgré l’anarchie qui régnait au sein du groupe des Sex Pistols, je me sentais parfois comme enfermé dans une prison. Et puis il y avait tellement de problèmes financiers qui pourrissaient tout le reste. C’est vraiment dommage car c’était un groupe génial et je reste persuadé que nous nous sommes séparés pour de mauvais raisons. Je voulais recommencer la musique à zéro, pour moi cela a été une lente progression et non pas un coup de tête, même si le premier album est sorti dans la foulé de celui des Pistols. PIL est né de ce chaos. 
 
Vos goûts musicaux étaient bien plus larges que ceux des autres Sex Pistols ? 
 
John Lydon : Oui entre autre. Je n’ai cessé d’acheter des disques depuis l’âge de 10 ans, du glam, du reggae, du kraut, de tout... 
 
Que recherchez-vous dans la musique que vous écoutez ?
 
John Lydon : Sans hésitation l’originalité. Je veux que les gens m’offrent leur vision de ce monde, je ne supporte pas qu’ils copient quelqu’un d’autre. C’est ce qui me passionne, exactement comme lorsque je lis un livre. Je veux que les gens partagent leur vision, c’est pour moi le principe même de l’art. On trouve sa voix après avoir écouté les autres et s’être forgé une opinion, c’est un mix de toutes ces visions qui t’ont été offertes. Et plus tu as de choix, mieux c’est non ? C’est pour cela que j’ai toujours adoré lire, j’étais nul à l’école, je suis un autodidacte complet. 
 
Et pour vous avec les Pistols votre vision c’était le chaos ? 
 
John Lydon : Oui parce que c’était ma vie, on ne peut pas tricher, on a besoin de fondations solides qui s’inscrivent dans la vérité. On ne peut pas tout imaginer tout rêver, si les Sex Pistols étaient aussi révoltés et révoltants c’est parce que c’était un bon résumé de ma vie.  
 
Qu’en est-il des Sex Pistols aujourd’hui, on a parlé d’un retour ? 
 
John Lydon : Non désolé, aujourd’hui mon actu c’est Public Image Ltd.
 
Pourquoi habitez-vous en Californie ? 
 
John Lydon : Parce que je n’en pouvais plus d’être la bête noire des policiers anglais, je n’en pouvais plus d’être emmerdé toute la journée. On dirait qu’ils n’ont toujours pas digéré l’épisode des Sex Pistols. C’est le seul inconvénient de cette histoire, ne pas pouvoir être tranquille. On me demande souvent ce qu’était le punk, ce que ça représentait et je réponds toujours la liberté. Il n’y a pas d’autre terme. Et comme c’est presque un antonyme au mot policier que je traduis par ordre et obéissance ils me détestent. Au moins à Los Angeles je suis tranquille et puis le soleil, ça n’est pas si désagréable. J’aime cette ville je m’y suis habitué, et je n’ai aucune envie de retourner vivre à Londres.  
 
Des regrets ?
 
John Lydon : Aucun.

Christian Eudeline
 

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