Jérémie Kisling - Antimatière

Le 15/02/2010 à 01h02, par SFR Live Concerts

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Jérémie Kisling - Antimatière

Dans le petit monde de la chanson francophone, on connaissait la musique expérimentale à tendance bourrin façon Young Gods voire la variété miéleuse des Québecois, Garou en tête de gondole, voici désormais Jérémie Kisling, un Suisse au grand coeur qui émeut avec une variété à la palette d'émotions aux couleurs aussi apaisées que surannées.

 

On est surpris. Vraiment, en écoutant un Suisse aux teintes tantôt variétés, tantôt bossa nova et lyrico-jazzy, on tombe de haut et de très haut. Quand on nous évoque de loin le disque d'un Suisse, on s'imagine quelque chose d'atypique entre expérimentations louches et les déguisements faussement conventionnels d'un Stephan Eicher. Le contrepied est parfait. En écoutant Jérémie Kisling, on pense invariablement à la nouvelle garde des chanteurs français, à un Gérald de Palmas, mais avec un certain éclat en plus. Car, du côté de Jérémie Kissling, pas question de transiger : "Je veux être un canard et caresser le dessus de l'eau". Tout est dit. Avec une simplicité mélodique et un sourire ingénu sur les lèvres, le ton est posé. Certes, Jérémie Kisling ne prétend pas révolutionner la chanson à la française, mais il s'exécute en parfait soldat. Pour s'en convaincre, il suffit d'écouter la reprise de Rien qu'un ciel du groupe cultissime des années 70 aujourd'hui totalement passé dans l'oubli, Il Etait Une Fois. Jérémie Kisling, assez fidèle à l'originale, parvient toujours à instiller une dose d'air frais, un petit quelque chose de vivifiant et délicat directement en provenance des montagnes helvètes. Le sentiment se renforce sur un J'ai Mal fragile et mélancolique dans la grande tradition de ces ballades mi-libératrices mi-dépressives capables de marquer toute une époque... au siècle dernier. Même effet avec Le sommeil m'épuise avec ses cordes. On pense aussi à Pierre Lapointe dans cette alliance piano-voix et dans ce retour de bâton commotionné qui nous fait oublier avec une facilité certaine les jours heureux. Brillant, Prends de l'air débute sur un tour de chant encaissé avant de déverser les dernières larmes d'une gravité légère mais tragique. Pas de doute, avec Jérémie Kisling on navigue dans les horizons embrumés de la chanson française d'un temps doucement révolu. Tantôt légère, tantôt nostalgique comme un vieux tube inscrit à jamais dans la mémoire collective tel un Polnareff ou un Leforestier, la musique de Kisling se savoure comme des retrouvailles avec un ancien amour qu'on aurait oublié sans jamais s'en défaire. Et ce n'est pas là, la moindre des prouesses. "Je dépense en antirides ce que j'épargne en shampoing" chante-t-il sur un Savon Liquide empreint d'une belle ampleur. On a beau dire, on n'a plus goût à rien, mais on est heureux.

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