Korn : "Il y a beaucoup de groupes plus gros que nous avec lesquels on adorerait jouer ou rejouer. Si Metallica nous le proposait, on ne dirait pas non"

Pourquoi avez-vous intitulé votre nouvel album Korn III – Remember Who You Are, puisqu’il suffit d’être un tant soit peu au courant de vos activités pour savoir que ce n’est pas du tout le troisième ?
Cela prête à confusion, effectivement, mais il y a une explication à cela. Le fait est que nos deux premiers disques ont été produits par Ross Robinson. Et vu qu’il s’est également occupé du dernier, c’est comme si c’était le troisième — bien que ce soit en réalité le neuvième. D’où le titre légèrement trompeur. Mais c’est en quelque sorte un retour aux sources et c’est ce que l’on a voulu souligner. À l’époque, quand on a commencé à collaborer avec Ross, on formait presque une famille. On était tous des débutants dans nos domaines respectifs et on a pour ainsi dire grandi ensemble.
Et ce retour aux sources s’est aussi prolongé sur le plan matériel, puisque Korn III a, paraît-il, été enregistré en vingt-quatre pistes et en analogique. Pourquoi un tel choix ? Vous en aviez marre du high-tech ?
Non, le high-tech ne nous dérange pas. Mais après tant d’albums en numérique, on a eu envie de faire un grand bond en arrière. On s’était bien éclatés en 1994 et cette ambiance nous manquait. On s’est donc replacés dans les conditions de travail de cette période-là, sans Pro Tools (un célèbre logiciel d’édition musicale, ndlr), avec de la bande magnétique au lieu d’un disque dur, et surtout en live : on a joué tous ensemble dans la même pièce. Les prises ne sont sans doute pas parfaites, mais elles ont l’authenticité et l’énergie de nos prestations scéniques.
Korn III est en outre votre premier album à ne pas sortir sur une major. Est-ce parce qu’aucune d’entre elles n’était intéressée ou parce que vous vous êtes vous-mêmes limités aux labels indépendants ?
Non, on a eu des contacts avec tout le monde, que ce soit chez les majors ou les indés, et on a comparé leurs offres, mais, au final, on a préféré signer avec Roadrunner. Ce n’était pas la meilleure proposition que l’on nous ait faite, financièrement parlant, mais c’est celle qui a retenu notre attention. Roadrunner est un label de la vieille école et on apprécie beaucoup cette façon de travailler.
Mais avez-vous envisagé de vous débrouiller par vous-mêmes, en vous passant de maison de disques, ce qui est de plus en plus courant aujourd’hui ?
Il est certain que l’on peut désormais commercialiser ses CDs autrement, notamment via Internet. Il n’est plus strictement indispensable d’avoir un label. Mais, d’un autre côté, cela fait parfois du bien de se sentir épaulés et, pour l’instant, on aime autant fonctionner comme ça.
L’édition 2010 du Hellfest s’étant achevée il y a un mois, a-t-on encore une chance de vous y voir un jour ou êtes-vous définitivement grillés avec l’organisation après avoir annulé votre prestation à deux reprises ?
En ce qui nous concerne, les portes restent ouvertes. En tant qu’artistes, on est prêts à jouer partout où c’est possible. Alors peut-être finirons-nous par nous produire réellement au Hellfest ? Mais il faut déjà que notre management et les organisateurs du festival règlent leurs petites affaires entre eux. Il se passe des tas de choses en coulisses que les gens ne soupçonnent même pas. Et n’étant pas manager non plus, je ne connais pas les tenants et les aboutissants de cette histoire. J’ignore si conflit il y a, et, le cas échéant, pour quelles raisons.
En septembre, en revanche, vous devez ouvrir pour Ozzy Osbourne à Bercy. Cela vous arrive encore de faire des premières parties ?
Bien sûr. La preuve ! Il y a beaucoup de groupes plus gros que nous avec lesquels on adorerait jouer — ou rejouer. Si Metallica nous le proposait, on ne dirait pas non. Quant à Ozzy, c’est une légende vivante ! C’est un honneur de chauffer la salle pour lui.
Et où en êtes-vous avec Brian "Head" Welch ? Est-il exact qu’il voudrait revenir dans Korn, comme le prétend la rumeur ?
C’est assez compliqué et tout reste à faire. C’est essentiellement une question de timing, mais, personnellement, j’y serais très favorable. Head est un ami d’enfance et un musicien de grand talent.
Mais n’avait-il pas dit qu’il quittait Korn pour être en harmonie avec ses convictions religieuses ? Alors pourquoi rebrousserait-il chemin ? Il a renoncé à ses chimères et veut se rabattre sur du concret ?
Cela n’a rien de chimérique. Je crois quant à moi que le Christ est mort sur la croix pour expier les péchés de l’humanité et que si tu acceptes le Christ, le Saint-Esprit descendra dans ta vie pour la changer radicalement et te garantir une place au Paradis. Si tu demandes au Christ de rentrer en toi ce soir, demain matin en te réveillant, tu seras un autre homme.
Il me semblait pourtant que Korn III avait pour thème la chute de l’Homme et que l’un des cinq facteurs épinglés par Jonathan Davis était précisément la religion…
Ça, c’est un sujet que tu devrais aborder avec Jonathan. Je n’ai jamais été du genre à me plonger dans les paroles. Et pas plus dans celles de Korn que dans celles de n’importe quel groupe que je peux aimer par ailleurs. Je me contente de me laisser guider par la musique. Mais, en l’occurrence, je crois que Dieu a créé l’Homme et que l’Homme a créé la religion. Ce n’est donc pas tout à fait pareil.
Bref, tu penses que Head reviendra dans Korn ?
Je l’espère. À un moment de notre vie, on a été les meilleurs amis du monde, on est allés à l’école ensemble et on a fondé Korn ensemble. Alors, si tout le monde parvenait à se mettre d’accord, ce serait génial.
Mais qu’est-ce qui coince, au juste ?
Dans l’absolu, pas grand-chose. Il faut simplement que tout se déroule naturellement, au lieu de chercher à provoquer le changement. Or, ce n’est pas encore arrivé… et cela n’arrivera peut-être jamais ! Nul ne le sait.
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