Orelsan : la polémique

Le 07/04/2009 à 12h04, par SFR Live Concerts

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Orelsan : la polémique

Le répit n’aura était que de courte durée… Après le maintien de son concert au Printemps de Bourges, nous pensions que la « polémique » Orelsan autour de sa chanson Sale Pute ne serait plus aussi vendeuse, et que les esprits échaudés se seraient apaisés… Mais il n’en est rien ! Nous apprenons ce matin que les Francofolies déprogramme le concert d’Orelsan à cause de «pression d'associations se disant prêtes à manifester si son concert n’était pas annulé »… Retour sur les débuts de la polémique qui ont mené au retrait pur et simple de son album des rayons des bibliothèques de la ville de Paris, et une intervention de Mme Royal elle-même auprès du festival pour cette déprog’ de dernière minute…

Qui Orelsan a-t-il tué ? On pourrait se poser la question à la lecture des réactions hystériques qu’a suscité l’émergence, via un blog, de son clip Sale pute. Destiné à l’origine à une diffusion sur le net via les réseaux habituels, cette vidéo est devenue le pivot d’une affaire qui nous amène bien plus loin que la simple personne d’Orelsan.

Résumé d’un procès en sorcellerie : lundi 23 mars, une blogueuse qui poste sur un site de tricoteuses adeptes du point de croix se renseigne sur Orelsan, alias Aurélien Cotentin, programmé au Printemps de Bourges, dont la blogueuse en question ne rate aucune édition. En googlant le nom du rappeur de Caen, dont le premier album Perdu d’avance vient de sortir, elle tombe sur la vidéo amateur de Sale pute, récit très cru (et très fictionnel, comme la mise en scène le montre clairement) d’un jeune homme trompé qui déverse sa frustration dans le whisky et envoie des insultes à son ex sous forme de mails violents, dans une forme narrative qui évoque certains textes d’Eminem. Un extrait pour ceux qui n’auraient pas encore vu le clip en question : "J’m’en bats les couilles c’était d’la faute à qui / J’te collerai contre un radiateur en chantant Tostaky".

On n’est pas obligé de crier au génie (d’ailleurs la chanson n’est pas incluse sur l’album d’Orelsan, et n’a jamais été disponible autrement que sous forme de clip artisanal sur le web). On peut trouver qu’Orelsan est un jeune branleur, un lamentable irresponsable. Mais ce qui se passe après la découverte du morceau par la blogueuse va au-delà de la simple appréciation / détestation de l’œuvre en question : en trois clics, le lien vers le clip passe par Ni Putes Ni Soumises pour atterrir dans divers ministères. En quelques heures, Orelsan devient l’homme à abattre pour une nuée de féministes, dont on peut comprendre qu’elles n’apprécient pas le second degré et l’humour noir d’Orelsan, mais dont la réaction équivaut à vouloir briser le thermomètre pour guérir de la fièvre.

Isabelle Alonso, qu’on a connue plus inspirée, est animée de la même ire que lorsque Doc Gynéco chanta Ma S… à moi voilà dix ans, et se concentre sur le Printemps de Bourges dans sa rubrique de Siné Hebdo, Mon cul sur la commode, titrée cette semaine-là "Printemps Pourri" : "Pourquoi s’étonner alors que devant les tribunaux, les ados violeurs ne comprennent pas au juste ce qu’on leur reproche ? Ils ne font que se conformer à ce qu’ils voient, ce qu’ils entendent". Et nous voilà au cœur du problème : la fracture entre les générations, mais aussi et surtout la fracture sociale si chère à Jacques Chirac, qui trouve ici un étrange écho.

La blogueuse qui lança l’affaire, citée par Thomas Blondeau dans un article posté sur le site des Inrocks, ne déclare-t-elle pas : "Bien sûr que c’est à prendre au deuxième degré, mais les gamins en banlieue n’ont pas les ressources intellectuelles (…). 80 % des gens comprennent que c’est du deuxième degré, mais je pense aux 20 % restants" ? On l’aura compris : pour les féministes "intelligentes", ou plutôt celles qui confondent culture et intelligence, les jeunes de banlieue ne peuvent être que stupides, influençables, prêts à mettre en pratique les paroles de leurs héros les rappeurs. Cela s’appelle du mépris de classe. Une telle malhonnêteté intellectuelle serait aussi risible que le texte acide d’Orelsan si elle ne portait pas à conséquence. Et la première conséquence d’une telle vindicte, c’est la censure.

Chacun le sait : la censure n’existe plus. Ou plutôt, elle n’est plus revendiquée comme telle, et le censeur moderne prend toujours soin de commencer sa demande d’interdiction par "Je me défends de faire de la censure". C’est donc très exactement ce qu’a fait le président PS de la région Centre, François Bonneau, en demandant le retrait du rappeur de l’affiche du Printemps de Bourges. Mais comme monsieur Bonneau est un élu moderne, il y rajoute le chantage aux subventions : il menace de supprimer les 400 000 euros de subventions annuelles si Orelsan chante le 25 avril. Quant à ceux qui crient au buzz et à la pub à peu de frais, rappelons qu’à ce jour Orelsan a vendu moins de 10 000 albums, mais qu’il a vu trois de ses concerts déprogrammés suite à l’ouverture de la chasse.

Quelques langues se délient et viennent contrecarrer ce lynchage médiatique : Claude Askolovitch, éditorialiste sur Europe 1, dénonce un "processus d’indignation classique et consensuel, une surenchère automatique : il faut protester plus fort que le voisin sinon on est suspect". Avant d’ajouter : "Orelsan c’est un rappeur ironique de 25 ans, pas un tueur, il brosse le portrait des perdants de sa génération, il est triste et drôle avec les mots durs de son époque. On est en train d’en faire à tort le symbole même de la brutalité masculine. On a inventé un diable à abattre".

La chanteuse Anaïs (une femme, donc) apporte quant à elle sa vision d’artiste : "La seule chose que je me suis dite en entendant ce morceau, c’était qu’il me touchait profondément dans la détresse du personnage. J’avais les larmes aux yeux, tout en souriant de son culot. J’ai l’impression qu’on a tendance à oublier qu’Orelsan raconte des histoires, avec une réalité crue, mais beaucoup d’humour, de recul et surtout d'humanité. (…) Si Orelsan déclenche autant de polémique, je pense que c’est parce que justement, ça a l’air trop vrai. Et si son talent était là ?"

L’indignation est en tout cas sélective au pays où certains comiques pratiquent le "lâcher de salopes". Alors haïssez Orelsan, ou adulez-le si vous voulez, mais n’en faites pas une victime. Sinon, c’est le combat contre l’intolérance qui sera Perdu d’avance.
 

Album Perdu d’avance disponible chez 7th Magnitude/3ème Bureau/WagramMusic.

Retrouvez sur Attention Musique Fraîche le Blog d'Orelsan, ainsi qu'une interview-vidéo du rappeur.

 

 

Mise à jour du 8 avril 2009 : Le communique de presse officiel du Printemps de Bourges détaillant les raisons du maintien d'Orelsan dans la programmation du festival : 

 

Depuis deux semaines, le Printemps de Bourges est soumis à de nombreuses pressions de particuliers ou associations pour déprogrammer le chanteur Orelsan qui doit se produire le samedi 25 avril dans le cadre de notre Festival.

L’équipe du Printemps de Bourges a pris position le 26 mars à travers le communiqué suivant :
"C’est mi-janvier que nous avons décidé de programmer Orelsan au Printemps de Bourges 2009, cela sur la foi de son album que sa maison de disques nous avait envoyé quelques jours plus tôt.
Cet album de hip hop, interprété en français, nous a paru excellent, composé de bons textes qui nous semblaient le parfait reflet d’une génération (celle des 20 ans) un peu perdue et désabusée. La presse nationale s’en est d’ailleurs largement fait positivement l’écho depuis (Le Monde et Libération ci-joints).
Le titre incriminé ne figurait pas dans cet album et nous ne l’avons découvert que récemment, à la lecture de vos e-mails sur la participation d’Orelsan au Printemps de Bourges.
Après vérification, ce titre n’est donc ni sur l’album, ni sur le myspace de l’artiste, ni sur aucun de ses documents de communication mais effectivement sur la toile quand on va le chercher.
Nous avons tout comme vous, été choqués par ce texte inacceptable et avons compris qu’il puisse provoquer ces réactions.
 Pour autant, aussi scandaleux que soit le texte de cette chanson, nous avons engagé ce jeune artiste pour une prestation artistique qui, comme son album, n’inclue pas cette chanson et ne véhicule pas ce type de message.
Pour cette raison, nous ne déprogrammerons pas Orelsan car nous assumons nos choix artistiques et avons la certitude d’ avoir programmé un artiste.
N’évitant pas le débat, l’artiste accepte d’être contacté à l’adresse mail suivante vincent.demarthe@sequence-paris.com pour donner des explications sur ce texte, objet de la polémique."

 

Le 2 avril 2009, M. François Bonneau, Président de la Région Centre, financeur important du Printemps de Bourges, condamne fermement les propos d’Orelsan à travers un communiqué de presse dans lequel  il conclut : « il appartient donc aux organisateurs de cette manifestation de prendre leur responsabilité : si le maintien du concert était confirmé, nous prendrions les nôtres».
Il précise ensuite dans une interview au correspondant de Libération que si le Printemps de Bourges ne déprogramme pas Orelsan, il procèderait à une diminution drastique de la subvention du festival.

 

Ce jour, le 6 avril 2009, Le Printemps de Bourges prend ses responsabilités et confirme qu’il ne déprogrammera pas Orelsan aux motifs suivants :

-    En tournée depuis quelques mois, Orelsan n’interprète pas cette chanson sur scène et nous avons l’assurance qu’elle ne sera pas chantée au Printemps de Bourges.
-    En déprogrammant Orelsan, notre festival ferait un acte de censure et de sanction vis à vis d’un artiste, qui plus est pour des actes ou textes qui sont étrangers au Festival
-    Aussi scandaleux et odieux que soit le texte de cette chanson, le Printemps de Bourges estime qu’il n’a pas à être complice d’un véritable tribunal populaire qui tente de se substituer à la justice dans un Etat de droit. L’équipe du Festival constate par ailleurs que le clip et le texte de cette chanson, diffusés sur de nombreux sites Internet depuis 2 ans, n’ont fait l’objet d’aucune mesure d’interdiction.
-    En outre, le Printemps de Bourges est très perplexe de voir qu’un Président d’une Collectivité publique,  sans en avertir le Festival, puisse à travers un communiqué de presse conditionner une subvention à une sanction envers un artiste.

Daniel Colling
Pour le Printemps de Bourges

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