Raphael Saadiq : "Je considère que c’est Marvin Gaye qui m’a appris à chanter"

Le 15/02/2011 à 13h02, par SFR Live Concerts

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Raphael Saadiq : "Je considère que c’est Marvin Gaye qui m’a appris à chanter"

Dans la vraie vie, Raphael Saadiq est presque méconnaissable sous son jean (un 501 porté avec des hauts revers et bretelles), chemisette à carreaux et baskets, seul signe de reconnaissance : des lunettes façon Wayfarer et cette guitare qui ne semble jamais le quitter. Elle sera à ses côtés avant, pendant et après l’interview, une interview de fin d’après-midi car depuis son succès ses journées de promotion ressemblent à des marathons. Stone Rollin’ est déjà le cinquième album de Raphael Saadiq et sans doute pas le dernier.

 

Quand êtes-vous venu pour la première fois à Paris ?
Raphael Saadiq :
Pour le projet Lucy Pearl (groupe de R&B avec Ali Shaheed Muhammad d'A Tribe Called Quest et Dawn Robinson de En Vogue) il me semble, il y a donc une bonne dizaine d’années.

Vous n’étiez jamais venus avec vos parents en touriste ?
Ho non, je n’avais même jamais quitté ma Californie natale à cette époque !

Ce nouvel album arrive après un disque qui vous a révélé au grand public, The Way I See It ce qui semble avoir changé pas mal de choses, est-ce que le succès est un déclic ?
J’ai pu me concentrer sur ce que je voulais faire et me libérer de cette image un peu rétro façon Tamla Motown qui me collait à la peau. Ce disque est plus agressif que le précédent, j’ai délaissé les Temptations pour embrasser Chuck Berry ou Sly and the Family Stone. Je vais même aller regarder du côté des Beastie Boys pour celui-ci car je suis persuadé que tous ces disques proviennent du même arbre, de la même famille. Ce disque que j’ai voulu plus rentre-dedans, est sans doute plus approprié à la scène, une direction que j’ai toujours voulu prendre. Je me suis aperçu du décalage entre mes disques et la scène lors de la dernière tournée en fait, sur scène c’était beaucoup plus rythmé, plus uptempo. J’ai donc décidé d’emprunter cette voie pour ce nouveau disque.

Etait-ce difficile d’enregistrer des disques correspondant autant à la scène ?
Ce n’est pas une question de difficulté mais plus une question d’envie, j’ai eu une longue période où je n’écoutais que les Temptations et, forcément, en studio je n’avais envie que de ça.

Et aujourd’hui ?
Ça peut aller des Beach Boys à Little Dragon en passant par les Detroit Spinners, David Ruffin, Larry Graham, sans oublier Marvin Gaye mais aussi Earth, Wind & Fire.

Pourquoi vous attacher autant à cette musique des années 60 ?
Parce que je suis un enfant des sixties, je suis né en 1966, lorsque tous ces groupes sont apparus.

Mais vous n’aviez pas l’âge d’apprécier cette musique, non ?
Si, ma mère n’écoutait que ça, cette musique est irrémédiablement liée à mon enfance à Oakland. Dès mon plus jeune âge, j’ai appris à chanter avec ces artistes, je considère même que c’est Marvin Gaye qui m’a appris à chanter, personne d’autre.

Vous auriez pu être touché par le mouvement punk, vous étiez presque ado en 77, avez-vous une explication ?
Un de mes frangins jouait dans un groupe punk, les Chinese et parfois je lui filais un coup de main à la basse mais je préférais regarder qu’écouter.

Vous jouez de tous les instruments en studio cela doit être compliqué pour la scène, non ?
J’enregistre 90 % de ce que l’on entend sur le disque : la basse, les guitares, les claviers, le mellotron, la batterie également… C’est plus facile pour moi, je sais ce que je veux et je n’ai pas à expliquer des heures durant à quelqu’un ce que j’ai en tête. Je gagne du temps et je n’énerve personne. Et comme le temps c’est de l’argent, j’ai ainsi beaucoup plus de liberté. Une fois le disque enregistré, je n’ai plus grand-chose à faire, juste le filer à mes musiciens et ils savent quoi faire. En fait, la seule chose que je leur demande, c’est de coller le plus possible au disque, sinon ils ont la liberté de faire ce qu’ils veulent.

Nombre des artistes que vous écoutez ont voulu prendre part au débat politique, à commencer par Marvin Gaye et son album What’s Going On, et vous ?
C’est une réaction naturelle mais j’ai l’impression que ce n’est plus à l’ordre du jour, je crois que le public qui vient en concert, vient justement pour oublier le monde extérieur. Il ne désire pas qu’on lui rappelle ce qui se passe à l’extérieur, il veut s’amuser. C’est ce que j’essaye de lui faire. Mon père m’a toujours dit qu’il fallait que les gens s’amusent et qu’ils réfléchissent ensuite, j’essaye de suivre ses conseils.

C’est avant tout de la musique pour s’amuser ?
Non, je ne dirai pas ça non plus, ce qui passe avant tout le reste c’est l’amour, c’est un message d’amour que j’essaye de transmettre et que j’espère que les gens vont entendre.

Est-ce quelque chose que vous avez toujours voulu faire, devenir musicien ?
Oui, j’ai toujours voulu faire de la musique et appartenir à un groupe. J’ai commencé par la basse, mais je joue de plusieurs autres instruments. La musique a toujours été présente à la maison, nous étions une famille nombreuse (14 frères et sœurs) et sans nous prendre pour les Jackson 5, c’était un peu un modèle pour nous tous. J'avais même monté un groupe avec mon frangin (Dwayne Wiggins) et mon cousin (Timothy Christian), Tony ! Tony ! Toné ! avant de me produire sous mon propre nom.

Et la première fois que vous avez chanté quelque chose en public ?
J’avais 10 ans et c’était à l’église, et si je m'en souviens aussi bien c’est que tous mes amis se sont moqués de moi. Ce jour-là, ils me disaient que je ne savais pas chanter et que jamais je ne serai chanteur. Mais j’ai persévéré et je me suis même présenté à cette audition pour Prince en tant que bassiste sous un autre nom. En fait, je m’appelle Charles Ray Wiggins et je m’étais inscrit sous le nom de Raphael, car comme je n’y croyais pas je m’étais dit que personne ne saurait jamais que je n’avais pas été retenu. Mais au contraire, j’ai remporté l’audition et j’ai dû partir quelques jours après au Japon, pour jouer de la basse derrière Prince, sa tournée Parade. La tournée a duré deux ans, de 84 à 86, et c’est ce qui m’a donné envie de me lancer à mon tour.

 

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