Renaud – Molly Malone, balade irlandaise

Renaud le Parigot avait donc une autre patrie, l’Irlande. Il en a souvent parlé depuis qu’il a enregistré La Ballade nord-irlandaise en 1991 : il rêvait de reprendre d’autres grands classiques des répertoires populaires irlandais avec des paroles de son cru. Maintes fois entamé, maintes fois remis, le projet a enfin abouti.
Il n’a pas seulement épousé des mélodies et des instrumentations de la musique irlandaise, mais aussi ses thématiques et ses mythologies. Alors, on croise tout au long de l’album des combattants de l’IRA, des pauvres gars chassés par la misère et l’oppression anglaise, des chômeurs des multiples crises (y compris le crash financier de 2008 qui a ravagé l’économie de l’Eire), des Irlandais exilés çà et là sur le globe… Partout, la fatalité, la douleur, l’orgueil, une histoire dans laquelle le même peuple est alternativement héros et victime.
Musicalement, Renaud a choisi l’orthodoxie absolue en embauchant là-bas violon, flûte, cornemuse ou banjo. On regrettera évidemment que sa voix ne lui permette plus de chanter avec l’ampleur romanesque qui convient à certains de ces standards irlandais. Mais l’expression est là, qui délivre la gravité, le souffle historique, la profondeur humaniste de sa vision de l’Irlande. Car ce pays est le carrefour de toutes les obsessions de Renaud : la révolte contre le capitalisme, la violence politique, la fatalité sociale, le départ et l’exil, la liberté du vagabond…















































