Scissor Sisters : « Les Scissor Sisters sont devenus un vrai groupe »
Le 22/06/2012 à 10h06, par SFR Live Concerts
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Les Scissors Sisters aiment le rock à paillettes et la disco décadente, les nuits passées à danser sur Abba autant que le maquillage de David Bowie. Leur quatrième album « Magic Hour » scintille comme une boule à facettes, et comme ce sont des oiseaux de nuit, on les a rencontrés au petit matin, avant le dodo réparateur.
Parlez-moi de cette pochette, qui l’a signée ?
Jake Shears : Il y a, à mon avis, beaucoup d’innocence qui se dégage de cette photo signée Neil Krug. Je l’ai découvert lorsqu’il a travaillé pour Ladytron, il ne travaille qu’en argentique ce qui donne forcément un rendu organique à ses compositions.
Est-ce une commande où vous l’avez laissé faire ?
Del Maquis : On lui a filé l’album, et au final ces zèbres, ce désert, cette boule de métal avec l’image des zèbres qui se reflètent, c’est une image parfaite.
Qu’exprime-t-elle selon vous ?
Jake Shears : Il est vrai qu’on attend que quelque chose se passe, ce pourrait être une photo prise juste avant le déluge, ou alors juste après le déluge, la fin du voyage de l’arche de Noé par exemple.
Del Maquis : Neil nous a dit que le zèbre étant un animal unique il correspondait bien en cela au groupe, à cette idée que nous étions sinon unique au moins un groupe assez original pour ne pas se contenter de rester dans un troupeau. Il y a de la vie dans le groupe, nous sommes fait de chair et de sang, mais nous avons toujours également essayé de dégager une sorte de magie en nous, il y aura à un moment donné une réaction, c’est forcé.
Dans le clip du premier extrait "Only The Horses", vous jouez avec les couleurs, il y a ces pots de peinture qui se déversent, que vouliez-vous dire ?
Jake Shears : On aime le mystère et comme personnellement je n’aime pas trop les vidéos clips, j’évite d’apparaître en train de faire semblant de chanter. C’est toujours difficile de trouver des idées qui tiennent la route, celle-ci avec des chevaux qui gambadaient dans la nature nous semblait parfaite, et puis oui on se fait renverser de la peinture, mais on a monté les images à l’envers, ce n’est qu’à la fin du clip que l’on découvre nos visages. C’est une petite touche d’art supplémentaire. Mais attention, je ne dis jamais que je suis un artiste, car je ne me considère pas comme tel.
Del Maquis : Nous adorons l’art, mais faire de la musique c’est plus s’amuser, proposer aux gens une plage de détente dans leur existence que de l’art au sens premier. Il y a des métaphores dans la poésie ou la peinture que l’on ne retrouve pas forcément dans la musique.
Jake Shears : Oui nous ne sommes pas à ce point prétentieux, on veut juste que les gens s’amusent, rien d’autre.
Pourquoi s’amuser semble aussi important pour vous ?
Jake Shears : J’aime qu’on me remarque, dès que je suis arrivé à New York, je n’avais d’autre but que de devenir le Roi de la nuit, que les gens me regardent, se retournent sur moi et qu’ils aient envie de moi. Au propre comme au figuré…
Del Maquis : Jake a besoin d’attention, c’est l’une des raisons pour laquelle il ne pouvait être que le chanteur du groupe. Les Scissor Sisters sont nés de cette façon, on a commencé à animer les soirées des potes en assurant le show, et ça a grossi.
Jake Shears : Dans le public il y a beaucoup d’amis, virtuels ou non, et que faire d’autre que s’éclater avec tes amis le plus longtemps possible ? C’est la philosophie du groupe. On a envie que les gens se sentent bien, et aussi profitent du moment, et plus généralement des jours qui suivent. Tu ne peux être aigri ou malheureux tous les jours, tu ne peux pas te lever en désirant déjà une seule chose, que la journée soit terminée. La vie est trop courte.
Del Maquis : Les groupes comme nous ne servent à rien d’autre que d’offrir une parenthèse de bonheur au gens, même si le mot est un peu trop énorme, mais joie ou insouciance ne sont pas assez complets.
Jake Shears : C’est vrai avec la musique, mais c’est pour cette raison que les gens lisent des livres et passent des heures devant un écran à jouer un jeu vidéo, ils ont besoin de s’évader de leur quotidien.
Comment vous êtes-vous rencontrés ?
Jake Shears : Au collège, j’avais 18 ans, nous avions une amie en commun, je suis allé lui rendre visite dans le Kentucky, elle nous a présenté et en discutant nous avons décidé de tous partir à New York, ou plutôt nous savions que nous allions tous nous retrouver dans quelques mois à New York. Je terminais alors mes études à Los Angeles.
Vous n’êtes pas de New York ?
Del Maquis : Non mais c’est là que le groupe s’est constitué, d’abord avec Jake et Babydaddy, je les ai rejoint peu de temps après, en 2000-2001.
Vous considérez-vous comme un groupe new-yorkais ?
Jake Shears : Oui. Il y a une sensibilité dans le groupe propre à New York, je reste persuadé que cette ville est la seule au monde où un groupe comme le nôtre peut prendre forme.
Del Maquis : Déjà parce qu’il y a un public branché sur les même choses que nous.
Jake Shears : Il y a une tradition dans laquelle on se retrouve, Blondie, les Talking Heads, même les Ramones. Il y a une grande tradition de la musique vivante mais aussi avec ce côté spectaculaire, extravagant, outrancier, nous ne sommes pas seuls, tous les soirs il y a de la vie dans les clubs, dans la rue...
Del Maquis : Il y a aussi cette ouverture sur le reste du monde, cette possibilité d’aller partout sans aucune difficulté, d’envahir Toronto, Paris ou Calcutta. Une sorte de culture dansante internationale, dont les origines seraient à New York.
Est-ce pour cela que vous avez plus de succès dans les grandes villes que dans les campagnes ?
Jake Shears : On adore tourner, et ça commence à rendre pas mal sur des vraies scènes, nous devenons en ce sens de plus en plus un vrai groupe, et non pas ce truc visuel réservé à quelque club branché. C’est une direction que l’on ne cesse de développer, on y travaille beaucoup, les Scissor Sisters sont devenus un vrai groupe. On en a toujours rêvé. Et on adore jouer au milieu de nul part, que ce soit aux Etats-Unis ou en Europe, nous n’aurons alors besoin que d’une scène.
Del Maquis : Ou une estrade, mais faut qu’il y ait un micro…
Jake Shears : Et une sono !
Où avez-vous joué par exemple ?
Del Maquis : Bali, Abu Dhabi, il y en a trop pour pouvoir tous les nommer, mais le Moyen Orient reste une expérience incroyable. On aurait pu s’attendre à une certaine réserve, à une certaine retenue, où même un avis franchement hostile vis à vis de notre gay attitude, mais il n’en a rien été. Les gens se sont amusés, et nous, encore plus. On a hâte d’y retourner.
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