Serge Gainsbourg : l’homme qui aimait la femme

Ce n’est pas un scoop : la grande affaire de la vie de Serge Gainsbourg, c’est l’amour. Il lui a même été plus fidèle qu’à la musique, qu’il ne s’est résolu à embrasser qu’après des années à rêver d’être peintre. Et, dès le départ, c’est par une femme que sa carrière reçoit la première impulsion décisive : gagnant sa vie à la guitare ou au piano dans les cabarets et les boîtes de nuit, il entre au service de Michèle Arnaud, "chanteuse intellectuelle" (comme on dit à l’époque) qui règne sur Milord l’Arsouille, prestigieux cabaret de chanson. Et Michèle Arnaud lui donne sa première chance en interprétant ses chansons (Douze belles dans la peau, La Recette de l’amour fou) et en le pistonnant pour lui offrir ses premières scènes et ses premières apparitions à la télévision. Dès lors – nous sommes en 1957 –, la carrière de Gainsbourg sera une série de grandes rencontres féminines que l’on n’a pas fini d’explorer, comme avec la sortie toute récente de Boomerang, chanson donnée à Dani pour qu’elle la présente aux sélections pour l’Eurovision en 1975.
Car si Gainsbourg va collaborer avec des hommes voire nouer des amitiés créatives masculines (de Jacques Dutronc à Alain Bashung et Alain Chamfort, et évidemment les Frères Jacques qui feront connaître Le Poinçonneur des Lilas), chaque période de sa carrière sera marquée par des rencontres féminines déterminantes, de "sa" Jane Birkin jusqu’au long générique de ses interprètes : Petula Clark, Isabelle Aubret, Anna Karina, Minouche Barelli, Mireille Darc, Dalida, Michèle Mercier, Nana Mouskouri, Marianne Faithfull, Joëlle Ursull, Viktor Lazlo, Vanessa Paradis…

Sa première conquête professionnelle s’appelle Juliette Gréco. La muse de Saint-Germain-des-Prés a déjà fait la courte échelle à des débutants ou des inconnus appelés Jacques Brel ou Guy Béart. Elle le remarque à ses débuts et sort en 1959 un 45 tours quatre titres qui brave la censure radiophonique. Il s’en souviendra plus tard en lui offrant quelques chansons magnifiques comme Accordéon ou une sublime déclaration de regrets amoureux que personne ne remarque à sa sortie, La Javanaise.

Mais à ce moment-là, en 1964, il a déjà amorcé le virage yé-yé. Ses disques personnels, entre Rive Gauche et jazz élégant, font tous des flops et trouve un beau filon en écrivant des chansons pour des gamines dont l’étoile grimpe à toute allure vers le firmament de la variété. La plus célèbre est évidemment France Gall. Comprenait-elle ou pas Les Sucettes, chef d’œuvre gainsburgien de double sens ? Peu importe, aujourd’hui : avec Poupée de cire, poupée de son, Grand prix de l’Eurovision 1965, elle gagne un tube immortel et Gainsbourg, ses premiers millions d’auteur-compositeur à succès. Elle chantera des merveilles pop douces-amères comme Teenie Weenie Boppie, Baby Pop ou Attend ou va-t-en avant de rencontrer le grand homme de sa vie, à la scène comme à la ville, Michel Berger.

Quant à Gainsbourg, ses années 60 sont sous le signe solaire de la plus belle femme du monde, Brigitte Bardot. Il lui donne quelques chansons pendant sa période yé-yé mais ils se retrouvent à l’automne 1967 car elle a besoin de chansons pour ses shows télé. Coup de foudre amoureux et crépitement de coups de génie artistiques : Harley-Davidson, Bonnie and Clyde et surtout Je t’aime moi non plus. Leur enregistrement de ce qui sera la plus scandaleuse chanson de l’époque ne paraîtra qu’en 1986 : au dernier moment, BB est effrayée par les possibles conséquences personnelles et publiques de son duo avec Gainsbourg. Fin d’un amour, fin d’une aventure artistique.

Le chanteur plonge dans la dépression mais, alors que la France bascule dans Mai 68, il rencontre une Anglaise toute mince, Jane Birkin. Ce sera elle sa compagne, sa muse, la haute stature féminine du gainsbourgisme canal officiel… Présentée au public avec 69, année érotique puis, quelques semaines plus tard, avec Je t’aime moi non plus, elle va séduire les Français avec son timbre singulier, son accent anglais, sa maladresse si bien apprivoisée. De ses apparitions dans l’univers de son pygmalion (Histoire de Melody Nelson, sanglots dans Je suis venu te dire que je m’en vais..) à "ses" chansons (Baby Alone in Babylone, Les Dessous chics…), elle sera la création et la créature de son Serge, et même à titre posthume.
Car Gainsbourg a beau avoir donné Comment te dire adieu à Françoise Hardy, chanté Dieu est un fumeur de havanes en duo avec Catherine Deneuve, écrit Pull Marine pour (et avec) Isabelle Adjani, et même offert Charlotte for Ever à sa fille Charlotte Gainsbourg et écrit un album pour Bambou, sa dernière compagne, la mémoire collective résume ce kaléidoscope de femmes en une seule personne, la petite Anglaise qu’il a aidée à devenir une des femmes préférées des Français.
> Voir le diaporama spécial Gainsbourg et ses interprètes féminines
> Lire compte-rendu de l'exposition Gainsbourg 2008
Serge Gainsbourg dans les évènements SFR Live Concerts

Serge Gainsbourg : vos 10 chansons préférées
SFR Live Concerts
Le 2 mars 1991 s'éteignait Serge Gainsbourg. De La Javanaise à Sea, Sex and Sun, tout le monde a une chanson préférée du mythique Serge. Il y a quelques jours, ...

Quelle est votre chanson préférée de Serge Gainsbourg ?
SFR Live Concerts
Il est mort il y a 20 ans et pourtant son influence n'a jamais été aussi grande. Serge Gainsbourg est l'homme de toutes les femmes et de tous les styles musicaux. De sa phase dandy ...

Gainsbourg et ses interprètes féminines
SFR Live Concerts
Il y a bien des garçons qui ont chanté Gainsbourg, d’Alain Chamfort à Jacques Dutronc. Mais cet auteur-compositeur a été terriblement aimé des ...
Plus d'actus sur Serge Gainsbourg















































