Stupeflip : "Il ne faut pas s'arrêter au côté "culte" de la façade"

Le 09/08/2010 à 16h08, par SFR Live Concerts

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Stupeflip : "Il ne faut pas s'arrêter au côté "culte" de la façade"

Depuis ses débuts tonitruants en 2002, le Crou Stupeflip s'emploie consciencieusement à terroriser la population. Entre agression sonore (Stupeflip, À bas la Hiérarchie…) et malentendu pop (le vaguement culte Je fume pu d'shit, Carry On), le premier album du groupe posait les bases d'un univers dense et poisseux, sur lequel l'abominable King Ju régnait en inquiétant maître de cérémonie. Après avoir servi de serpillière à tous ceux qui se sentent obligés d'avoir un avis (et ils sont nombreux), le Crou disparaît ensuite des radars en 2005 après le semi-fiasco de son deuxième album, Stup Religion. La prophétie voulant que le Crou ne meure jamais, Stupeflip refait aujourd'hui surface avec un DVD et la promesse d'un troisième album imminent… Rencontre avec un King Ju étonnamment calme.

 

On n'a pas eu de nouvelles de toi depuis Stup Religion en 2005, à part lorsque tu as composé la musique de l'exposition de Jean-Charles de Castelbajac…
C'était assez marrant à faire, puisqu'à l'époque j'étais au RMI/RSA – je le suis toujours, d'ailleurs – et je côtoyais Castelbajac. Je pense que c'est Jacno (qui avait collaboré à Je fume pu d'shit, ndlr) qui m'aimait bien et qui lui avait parlé de moi. Il m'a demandé vaguement de faire douze sons pour sa rétrospective et j'ai fait un peu ce que j'ai voulu. C'était drôle parce que tout d'un coup, Stupeflip n'était plus que pour les punks à chien ou les no-life. J'aime bien ce genre de grand écart, surtout que la mode, ce n'est pas trop mon univers. Bon, elle est pas mal ma cagoule, quand même…  

On a aussi vu Pop Hip (âme damnée du Crou, responsable des titres les plus pop de Stupeflip comme Je fume pu d'shit ou Les Cages en Métal) produire le son de Simone, elle est bonne…
Tu sais, on ne lui a jamais trop parlé, à Pop Hip. On s'en fout s'il veut aller se compromettre à faire des trucs hype parisiens. Il fait bande à part dans le Crou, mais on le tolère parce qu'il a fait nos plus gros tubes. Si tu crois que c'est avec des morceaux comme Stupeflip ou À bas la Hiérarchie qu'on va faire du pognon… Il sera aussi sur le troisième album avec des morceaux qui commencent enfin à bien sonner. Mais en général, les mecs qui sont à fond dans le hardcore aiment bien Pop Hip, parce qu'ils ont compris le truc. King Ju, le mec qui gueule, ils connaissent. Mais Pop Hip, c'est n'importe quoi, ça les fait tripper. Il n'est pas là que pour vendre, il apporte aussi des petites plages de fraîcheur un peu naïve entre les trucs plus sombres. J'aime bien ces contrastes tout noir/tout blanc, gentil/méchant. Sauf que c'est Pop Hip qui est méchant et King Ju qui est gentil, c'est vicieux… Pop Hip, il est pas clair.  

Comment travailles-tu sur ta musique ?
J'ai toujours fait de la musique, bien avant tout le concept de Stupeflip. Je fume pu d'shit, je l'avais déjà au moins sept ans avant la sortie du premier album. C'est pour ça que ça m'a toujours fait marrer de voir les gens m'accuser d'avoir copié tel ou tel truc, certains morceaux existant depuis très longtemps. Maintenant quand je fais de la musique, j'essaye de me positionner en tant que fan de Stupeflip et je SAIS le faire. C'est en me plaçant à l'extérieur que je pense pouvoir faire des choses bien. Moi, tout ce qui m'intéresse, c'est faire des boucles. J'en fais au moins deux-trois par jour et quand j'en trouve une bien, je vais l'isoler, la réécouter, la trouver mortelle. Après je vais décider de ne plus l'aimer. Après je vais revenir dessus quatre mois plus tard, la retravailler, ne plus l'aimer à nouveau, etc. C'est sans arrêt comme ça, j'essaye toujours de faire le mieux possible. C'est un truc d'acharné. C'est comme quand tu construis un meuble, tu vas le monter, le poncer, le regarder, re-poncer un peu par là, travailler les détails… C'est pour ça que je fais de la musique, c'est ce qui me fait tripper. Et s'il y a d'autres personnes qui aiment, tant mieux. 

Tu as aussi créé tout un univers très propre à Stupeflip, les personnages, le Crou, les Régions…
C'est vrai, et là j'y reviens pour ce troisième album. C'est comme si je revenais dans un endroit familier, je retourne au Stup. Ces dernières années, je n'avais plus trop envie de faire de la musique, je n'étais plus dans le truc. Mais là j'y suis à nouveau, parce que je sais que ça va devenir concret. C'est là où le côté business est très important. Stupeflip est très lié au business, mais d'un point de vue artistique, pas pour l'argent. C'est triste à dire, mais le méchant business, qui est froid et dur, c'est lui qui valide ma démarche artistique, parce que je sais que ça va sortir. Sinon c'est qu'une cassette que tu fais dans ta chambre… J'y mettrais moins d'énergie si c'était juste pour moi et mes potes.

Ça t'a manqué, de faire du Stupeflip ?
Pas vraiment, parce que j'ai toujours su qu'il y en aurait un troisième. Les gens croyaient simplement qu'il n'y en aurait plus vu les ventes du deuxième. Et encore, le deuxième on en a vendu 20 000, c'est pas mal du tout, c'est autant qu'un groupe parisien. Mais ce n'était pas assez pour le label alors on s'est fait virer. C'est ça le business, si tu as vendu du premier, il ne faut pas faire moins avec le deuxième, sinon c'est mort. Il vaut mieux vendre un peu du premier et monter doucement. Comme ça les gars peuvent encore espérer qu'un jour tu feras un tube. Ça me fait penser à un truc de Bashung : "Faudrait nous pondre un truc qui marche, mon garçon". Mais justement, pour le troisième on a un son de Pop Hip qui est terrible, bien fraise Tagada, bien autos tamponneuses… Très début 80, genre La Chanson de Kiki. T'as pas connu ? C'était monstrueux ! C'était sur un vinyle mou, tout le monde l'avait à l'époque…

Est-ce que ce troisième album va clore une ère ?
C'est ce qu'il faudrait, oui. Et comme ça si ça marche un peu, je pourrais rebondir sur autre chose derrière. Si ça foire, je retourne à mon RSA et je ferai autre chose. Mais la musique, j'en ferai toujours, t'inquiète…

Est-ce que tu sais déjà comment ça va finir ou est-ce que tu étends ton univers selon l'inspiration ?
Pour le troisième disque, j'ai envie de surprendre dans l'image. Je n'ai pas trop envie de rester dans le délire pseudo-punk, violent, gueulard… Je préfère prendre le contrepied de tout ça. En fait, je cherche à rendre fous de rage les vrais fans intransigeants de Stupeflip. C'est eux que je vise. Je veux les faire pleurer. (rires) En même temps, je peux pas tout te révéler non plus…

En attendant ce troisième album, un DVD vient de sortir, peux-tu nous en parler un peu ?
Le DVD, il déchire. Support da Crou, motherfucker ! Au départ, quand on m'a proposé l'idée, je n'étais pas trop pour revenir sur des trucs déjà passés. En vidéo en plus, alors que je n'aime pas trop ça. J'ai eu du mal à me motiver pour le faire parce pour moi c'était du passé. Je voulais quand même faire un truc de qualité, donc on a beaucoup bossé pour faire un bel objet, marrant et tout. Pour l'instant il n'est disponible que dans un pack collector avec des t-shirts et des affiches inédites, mais bientôt on pourra aussi l'acheter tout seul. Après, ce qui compte vraiment pour moi, ce sont les disques ; avec des chansons et une belle pochette…

L'identité visuelle est très importante chez Stupeflip, en effet…
L'image, c'est 50% du truc, ouais. Mais pas l'image au sens marketing, juste une image qui vient compléter la musique, qui fait tripper l'auditeur. J'ai eu la chance de maîtriser les visuels des disques depuis le début et c'est vraiment génial. Ça vaut toutes les galères qu'il y a derrière – et il y en a. Et puis je peux faire ce que je veux maintenant, comme revenir en mexicain, avec un sombrero et tout (avec l'accent) : Senõr King Zu, Caramba !

C'est vrai que tu peux dire ou faire n'importe quoi, les fans vont suivre. Comme si Stupeflip avait réussi à imposer une grammaire qui lui est propre…
Complètement, oui. C'est assez proche de Pierre La Police, un dessinateur de BD qui était publié dans Psykopat. Ou alors Dupontel. Ce mélange de violence et de naïveté, qu'on peut retrouver dans Bernie par exemple. Mais il ne faut pas s'arrêter au côté "culte" de la façade, il faut qu'il y ait un truc derrière aussi.

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