Treponem Pal : "Le punk-rockeur que je suis a besoin de Treponem Pal pour rester un tant soit peu équilibré"

Le 08/09/2010 à 11h09, par SFR Live Concerts

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Treponem Pal : "Le punk-rockeur que je suis a besoin de Treponem Pal pour rester un tant soit peu équilibré"

Véritables précurseurs du metal industriel, les Parisiens de Treponem Pal ont démarré très fort mais ont paru s’essouffler quelque peu avec le temps. Heureusement, le groupe n’a pas dit son dernier mot : après sa reformation en 2006, il s’est fendu en 2008 d’un Weird Machine bien torturé comme on les aime et l’on a hâte de découvrir le prochain. Mais, en attendant, Treponem Pal était au Paris Extreme Festival à l’Élysée-Montmartre, où le chanteur Marco Neves s’est confié à nous.

 

Lorsque l’on cherche Treponem Pal sur Google, on tombe immédiatement sur votre fameuse prestation à Nulle Part Ailleurs, où un travesti avait montré sa queue en prime-time sur une chaîne nationale. Avec le recul, que t’inspire cet épisode ?
Absolument rien, si ce n’est que c’était un bon coup de pub télévisée. C’est tout. Cela avait été fait avec l’accord de Canal + et c’était plutôt bien visé. 

Ah, ah… C’était parfaitement prémédité ?
Totalement, oui ! 

Pourtant, en reprenant l’antenne, Philippe Gildas avait affirmé qu’il ignorait complètement que vous feriez une chose pareille...
Eh bien, il mentait effrontément ! Il était au courant et tout avait été arrangé avant.

Cela vous a-t-il valu des ennuis, que ce soit à vous ou à la chaîne avec le CSA ?
Non, non, aucun. Ni à nous ni à Canal. Ils ont juste eu droit à un petit remontage de bretelles. Mais comme ils en avaient tous les quinze jours, cela ne faisait guère de différence. La meilleure preuve en est que l’on est repassés à Nulle Part Ailleurs un an après, jour pour jour.

Mais comment vous était venue cette idée facétieuse qui semble avoir tant marqué les esprits ?
En réalité, on avait déjà fait ça en concert en France et en Angleterre, avec sept strip-teaseuses ou avec le même mec, Linda Perav, notre chauffeur de l’époque, qui était travelo à ses heures perdues. MTV nous avait même filmé, mais ils n’ont jamais diffusé la séquence vu que les Britanniques sont beaucoup plus réacs que nous en la matière.

Et une douzaine d’années plus tard, où en êtes-vous ? Weird Machine date de 2008 et aujourd’hui vous donnez un concert, mais ce n’est pas une tournée, seulement une date isolée.
Oui, dans le cadre de l’Extreme Festival. C'est d'ailleurs une excellente initiative et je salue au passage les mecs qui ont eu le courage de l'organiser. Il y a plein de groupes de metal extrême qui galèrent pour jouer, donc c’est une bonne chose que ce festival ait été créé. D’où notre présence ici, pour soutenir cette démarche. Quant à notre prochain album, on est en train de travailler dessus.

À quoi ressemblera-t-il, puisque Higher et Weird Machine, vos deux dernières galettes, sont très différentes l’une de l’autre ?
C’est le but ! Quel serait l’intérêt de refaire toujours le même disque — ce à quoi beaucoup de groupes s’emploient consciencieusement ? Notre objectif à nous, c’est de proposer du neuf à chaque fois. Et notre prochain CD devrait être orienté un peu plus indus et psychédélique.

Mais en changeant de style de manière aussi drastique d’un disque à l’autre, ne risquez-vous pas de perdre vos fans ?
Ceux qui ont pigé notre trip, je ne pense pas qu’on les perde. Quant aux autres, tant pis, ce n’est pas grave ! Ce que je fais, je le fais d’abord pour moi-même, comme un exutoire. Le punk-rockeur que je suis depuis plus de vingt ans en a besoin pour rester un tant soit peu équilibré et j’essaie de m’entourer de gens qui partagent les mêmes délires pour concevoir quelque chose d’explosif. J’ai un grand respect pour ceux qui arrivent à nous suivre, mais je respecte aussi ceux qui n’y parviennent pas. Ce n’est pas un problème. C’est juste que je ne peux pas me résoudre à écrire tel morceau ou tel album en espérant le vendre le plus possible.

Alors pourquoi Treponem Pal a-t-il cessé d’exister entre 2001 et 2006, si tu en as besoin pour te sentir bien ?
Parce que pendant presque quinze ans, jusqu’en 2001, je n’ai fait que ça. Et j’ai eu envie d’un break. J’ai fait du soundsystem dans le milieu reggae-dub électronique, une anthologie du gothique et une du rap/metal, des compilations reggae... Puis, j’ai fini par revenir à ce qui me plaît le plus, à savoir Treponem Pal.

Vous avez été le premier groupe français signé chez Roadrunner, puis vous êtes allés chez Mercury, vos albums ont été distribués un peu partout dans le monde, vous avez tourné avec Prong, Killing Joke et Ministry, vous avez joué avec Ted Parsons et Paul Raven... Et pourtant, on a l’impression que Treponem Pal n’a jamais atteint le niveau de notoriété qu’il aurait mérité. Est-ce dû à votre nationalité ?
Sans doute, oui, mais en partie seulement. C’est surtout le trou entre 2001 et 2006 qui nous a été préjudiciable. Les gens nous ont oubliés et c’est un peu de notre faute, à supposer que l’on puisse parler de faute. Quand on a redémarré avec Weird Machine, on savait que l’on aurait tout un travail à refaire. Il faut que l’on occupe le terrain, que l’on joue énormément, et peut-être le prochain album nous permettra-t-il de redécoller.

À propos de Paul Raven, qui a malheureusement succombé à une crise cardiaque pendant l’enregistrement de Weird Machine, dans quel état d’esprit se retrouve-t-on en de telles circonstances ?
C’est la merde, comme tu peux l’imaginer. On s’est réveillés, on a trouvé le copain mort. Sur le moment, on ne sait plus quoi faire. On continue ? On arrête ? Mais, après mûre réflexion, on a décidé de terminer l’album en se disant que c’est ce que Paul aurait voulu. Tous ses parents et amis qui sont venus nous y ont vivement encouragés, d’ailleurs. Certains ont même enregistré des backing vocals pour le disque. En dépit du drame qui s’était produit, il régnait une bonne ambiance dans le studio quand on a repris le travail. Et c’est suite à cela que Killing Joke nous a proposé la première partie de leur tournée européenne avec le line-up originel, en souvenir de Paul.

Son décès a donc eu des effets positifs, alors qu’il aurait dû n’y avoir que du négatif…
Oui, c’est "relou", peut-être, de dire ça, mais le fait est.

En parlant de line-up originel, tu es aujourd’hui l’unique rescapé du Treponem Pal de 1986. Cela signifie-t-il que tu incarnes à toi tout seul l’âme du groupe ?
D’une certaine façon, oui.

Comment tes comparses le ressentent-ils ?
En fait, quand on recrute des gens, le discours est très simple : Treponem Pal a une histoire et ceux qui veulent y rentrer doivent en assurer la continuité. Si leur idée est de débarquer en se disant qu’ils vont tout changer, on leur demande de NE PAS venir chez nous. Mais on les prévient d’emblée — contrairement à d’autres qui laissent les mecs s’installer avant de se prendre le chou en s’apercevant que cela ne colle pas. Dans le même temps, notre musique est très ouverte, on peut y faire plein de choses. Un type qui aime les ambiances sombres, assez dansantes, hypnotiques, les riffs metal, etc, peut vraiment s’éclater et il ne sera pas frustré du tout. Il faut juste qu’il ait bien compris ce que l’on attend de lui. Et, en ce cas, il sera le bienvenu — en sachant, évidemment, que tout ce qu’il proposera sera soumis à notre approbation.

Quand tu dis "nôtre", c’est celle du groupe dans son ensemble ? Ou c’est la tienne, en tant qu’individu ?
C’est surtout moi et Didier, plutôt, vu qu’il est là depuis 1994. Mais on n’est pas des dictateurs non plus. On a envie de faire des choses avec des gens, sinon on ne prendrait personne, et ils peuvent même apporter leur patte — à condition qu’ils rentrent dans le trip de Treponem Pal. Tu vois, ça, c’est le côté baltringue du rock français : beaucoup de musiciens ne pigent pas que le groupe qu’ils rejoignent peut avoir une identité et qu’il convient dès lors de la préserver. Tu n’arrives pas en disant que, maintenant, ça va se passer comme ci ou comme ça. Tu t’adaptes à ce qui existe et tu essaies de t’intégrer. C’est logique, non ?

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