Zebda : « Le live nous a sauvés la vie »

Le 24/01/2012 à 11h01, par SFR Live Concerts

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Zebda : « Le live nous a sauvés la vie »


Dix ans tout juste, voici le temps qu’il aura fallu à Zebda pour revenir en studio et enregistrer un nouvel album intitulé « Second Tour ». Entre temps le groupe de Toulouse a cédé à la tentation des disques solos, deux pour Magyd Cherfi et un pour Mouss et Hakim, aussi du mouvement citoyen reprenant le leitmotiv d’un de leur succès Motivé-e-s qui aux élections municipales obtiendra 12,38% des votes. Leur nouveau disque reprend ce principe de chanson française à textes significatifs toastées au reggae ska et réchauffe notre hiver. Propos recueillis pas Christian Eudeline


 
Est-ce que tout le monde est au complet ?
Mouss : Non, Vincent le batteur a continué son tour du monde et Pascal le guitariste a voulu faire autre chose. Dans ces huit années de break, Joël le bassiste était parti travailler avec Magyd, Rémi le clavier et arrangeur avec Hakim et moi, et dans ces deux noyaux-là, on a retrouvé Zebda. Mais le break pour Vincent et Pascal a signifié leur fin de vie de musicien, ils ne se voyaient pas reprendre Zebda. Dans un sens nous on n’avait jamais arrêté, eux si, ça doit faire un peu peur.
Magyd Cherfi : On a le bonheur que ça ne soit pas nous qui les avons écarté, au début j’avais un peu un réflexe de relique familiale, mais les trente dates de novembre-décembre dernier m’ont affranchi direct parce qu’on a retrouvé l’essentiel de ce qu’on pouvait espérer sur scène : le muscle, l’intensité, l’émotion.
Mouss : L’énergie.
 
Comment a commencé l’histoire du groupe ?
Mouss : Souvent les dynamiques musicales se créent quand il y a une dynamique militante autour d’un groupe, c’est le groupe qui créé la dynamique. Nous c’est l’inverse, on avait une association dans le quartier, notre quartier, dans laquelle moi je commençais à participer. J’avais 14 an, ça s’appelait Vitécri, ça voulait dire : Vidéo Théâtre Ecriture. Magyd était plus âgé et donc il était un peu plus moteur dans l’histoire. Nous dans le quartier on allait là pour faire du théâtre, pour faire des petits projets de films, c’était une asso que des éducateurs militants nous avaient aidé à créer. Un jour, il y a eu un film dans lequel on jouait tous « Salah, Malik : Beurs ». C’était un scénario dans lequel il y avait un groupe de musique et l’idée c’était qu’ils écrivent des chansons, ils voulaient donner des concerts, mais comme ils n’avaient pas d’argent ils faisaient un braquage et se faisaient attraper. Du coup, le groupe fictif du film a continué et est devenu Zebda.
 
Quand a eu lieu le vrai premier concert ?
Mouss : C’était à Toulouse dans un tremplin à la faculté de lettres du Mirail, on est en 88.
Magyd Cherfi : On ne faisait déjà que des compos.
Mouss : Parce qu’on a été tout de suite été mauvais dans les reprises. On avait essayé "Vieille canaille", mais même nous on était lucides. Au départ on était vraiment des apprentis, mais seulement on a toujours eu ce truc, ce potentiel à la fois d’énergie, c’est ce qui nous a toujours sauvé, et puis le potentiel d’écriture de Magyd, qui faisait que tout de suite on avait du sens avec des métaphores, des allégories, et des choses intéressantes à porter. On avait une grosse énergie, mais on avait tout à apprendre quoi.
Magyd Cherfi : Ça chantait faux, ça jouait mal, on était mauvais mais avec une énergie absolument unique. Dès ce premier concert on a mis le feu, au deuxième concert on a mis le feu une deuxième fois, au troisième aussi, et en vingt ans ça n’a jamais débandé. Le live nous a sauvés la vie, les gens ne nous faisaient pas venir pour la qualité des voix ou la qualité des riffs mais pour l’énergie qu’on dégageait.
 

Quand avez-vous décidé de reprendre du service, est-ce que l’actualité politique vous y a aidé ?
Mouss : En 2010 on s’est retrouvé sur scène, avec Hakim on a invité Magyd à venir faire quelques chansons de Zebda avec nous. On avait décidé de revenir depuis quelques semaines, mais n’avions pas encore fixé de date mais on l’avait décidé, on savait qu’on allait le faire et on attendait le bon moment. Puis on a réalisé : Attention, il y a les élections en 2012, ce serait stupide de ne pas en profiter. Parce qu’on avait quand même bien l’intention de réimprimer notre parole, ou en tout cas d’utiliser notre parole qu’on considère comme l’un des plus beaux privilèges que nous procure cette activité.
 
Le titre de l’album « Second Tour », est une référence directe à 2002, à ce duel Chirac Le Pen ?

Mouss : Oui il y a un jeu de mot. Il y a l’idée de donner un titre qui faisait référence au-delà de l’album à ce second chapitre, à cette idée de retour du groupe, et en même temps à la période qui est une période électorale, avec une dimension nationale, donc un temps fort de la vie démocratique française, donc la référence au droit de vote et à cette idée de participation. Donc du coup c’est une manière de faire un jeu de mot, et c’est une manière de désacraliser un peu ça aussi, parce qu’il se trouve qu’un second tour c’est aussi souvent un temps dans lequel on pratique le vote utile. C’est à dire que l’on n’a pas forcément exprimé complètement ce qu’on voulait, on a même voté Chirac en 2002. Et on considère, que l’élection de Nicolas Sarkozy elle est directement le prolongement direct de cette élection de 2002. Je crois que lui et son équipe ont compris à un moment, que pour être élu, il allait falloir pratiquer le hold up électoral à l’extrême droite. Et c’est ce qu’ils ont fait, en se disant : Tant pis si les gens se sentent insultés, tant pis si les gens se sentent exclus et rejetés de la participation collective. Pour nous c’est pas notre vision de la démocratie ou en tout cas du débat démocratique, on attend autre chose de l’échange et surtout d’une campagne électorale.
 
Qu’écoutiez-vous plus jeunes ?
Mouss : Musicalement je suis plutôt ce qu’on peut appeler le fruit d’une culture quartier. J’ai écouté beaucoup de musique noire américaine, funky musique des choses comme ça, après, j’ai écouté beaucoup de reggae, de reggae rub-a-dub, donc notamment Bob Marley dont j’étais vraiment archi fan, enfin je le suis toujours parce que c’est vraiment un symbole pour moi du premier artiste tiers mondiste entre guillemets, avec des paroles engagées qui dit des choses. Voilà, beaucoup de reggae roots de rub-a-dub, progressivement, je me suis tourné vers la chanson française, Renaud, avec une expression sociale forte. Ensuite, un peu de rock est rentré dans mon existence, à travers les Clash qui m’a amené un peu plus à découvrir des groupes de rock. Et puis, après, grâce à Zebda, mon esprit s’est envolé, j’ai vraiment apprécié des groupes comme Noir Désir bien sûr, ou Fishbone, Urban Dance Squad, Rage Against The Machine. Après il y a du hip hop aussi, j’ai écouté beaucoup de hip hop dans mon adolescence. Je suis vraiment de cette génération-là, j’ai été smurf quoi, Sugarhill Gang, Grand Master Flash, progressivement Public Enemy et en France, IAM, NTM.
Magyd Cherfi : Quand j’étais enfant j’étais dans la variété française des années 70, donc moi la musique c’est Claude François, Mike Brant, Johnny Hallyday. Longtemps je l’ai caché quand j’étais plus jeune parce que j’avais honte, mais maintenant que je me sens cool dans mon cul, ça va mieux. Toute la cité crachait du Mike Brant à travers les postes de radio. Je découvre le rock par l’école, quand je rentre au lycée, je découvre le rock, le rock anglais. Je découvre les Clash, les Who, les Sex Pistols, parce que les autres mecs écoutaient ça.
 

Christian Eudeline

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